Ici l'oeil et l'oreille restent disponibles

Un passé qui ne s’oublie pas

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En pénétrant dans ce lieu pour la journée du patrimoine nous savions que les rires ne franchiraient pas cette porte  . Si pour la majorité d’entre nous,  nous n’étions jamais rentrés dans le fort , la sinistre réputation  de celui- ci   n’était plus à faire . Nos parents , leurs amis,  nous avaient parlé de ce haut lieu de la barbarie nazie  . Mais nous étions loin d’imaginer ce qui nous a été raconté par les membres de l’association du fort créée en mars 1971 par d’anciens internés du Sonderlager.

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Avant la visite nous avons vu, grâce à l’exposition présente à l’accueil,  le travail accompli pour réhabiliter le site vandalisé en 2012 à plusieurs reprises . Les dégâts étaient considérables mais grâce aux bénévoles la visite est de nouveau possible .

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Nous nous sommes éloignés de cet accueil pour nous diriger vers ce qui était autrefois l’entrée de ce camp spécial .

Le fort de Queuleu historiquement est un fort français ( 1867), il a été modifié après l’annexion  par les Allemands de la première ceinture de la défense de Metz .

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Au début de  la seconde guerre mondiale le fort sert de casernement pour les soldats de la ligne Maginot

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Après la défaite de 1940, il est utilisé comme camp de détention de prisonniers de guerre . Puis entre mars 1943 et septembre 1944 le camp de concentration du Struthof y installe une annexe . Une centaine de prisonniers y est rattachée , principalement des Allemands de droit commun et des Polonais travaillant pour certains sur l’aérodrome de Frescaty .   Entre octobre 1943 et aout 1944 un camp spécial ( Sonderlager) géré par la gestapo est installé dans la caserne II. Entre 1500  et 1800 hommes et femmes y sont interrogés et internés avant d’être envoyés dans des camps de concentration ( Struthof, Dachau…).

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Derrière notre guide se trouve la porte fermant l’escalier que  les prisonniers empruntaient pour être interrogés , les interrogatoires de la Gestapo ainsi  se déroulaient  sans que personne au centre ville n’entende quoi que ce soit.

 

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Les prisonniers étaient amenés les yeux bandés et des liens les entravaient, aussi bien au niveau des jambes que des bras . Bien souvent poussés en bas des 22 marches , nombreux furent ceux qui ne purent franchir cette première étape sans tomber. En bas les attendaient les SS avec matraques et chiens , toujours sous une pluie de coups ils étaient dirigés vers un lieu où ils recevaient des seaux d’eau froide .

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Le commandant de ce camp Georg Hempen ne sera pas inquiété, en raison de l’absence de témoin visuel 

P9190287 Encore mouillés ils étaient dirigés dans une pièce où ils devaient patienter

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Debout toujours les yeux bandés parfois des heures sans bouger , quelques fois avec les mains en l’air avec l’interdiction de bouger ou de parler

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Ils attendaient que le commandant du camp, Georg Hempen ,  leur donne à coup de nerf de bœuf leur numéro de matricule qu’il devait mémoriser en langue allemande pendant toute la durée de leur incarcération.

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Les chefs de la résistance étaient isolés dans des cellules individuelles auxquelles seul le commandant pouvait accéder

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Pour les autres prisonniers  trois haltes possibles étaient institutionnalisées dans les chambres communes, ils devaient rester assis sur un banc sans bouger les yeux bandés et avec leurs liens dans un silence total en attendant d’être interrogés , à 20h ils devaient rejoindre le châlit et rester sur le dos jusqu’à 5h du matin . Pour la satisfaction des besoins naturels ( réalisée dans une grande bassine dans un coin de la chambre) c’était sur ordre du SS qui était en permanence dans la chambre ,deux fois par jour le matin et le soir .

 

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Dans le camp l’hygiène était inexistante, certains détenus n’ont pu se laver pendant toute leur détention .

 

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Les familles n’avaient droit à aucune visite mais pouvaient déposer des victuailles , autant préciser que les prisonniers ne les voyaient jamais, le commandant les gardant pour sa propre consommation , ils  étaient soumis à un régime alimentaire des plus succincts fait de rutabagas et de pain sec.

La torture était utilisée  pour faire craquer les prisonniers mais elle seule n’arrivait pas forcément à briser l’homme, c’est pourquoi les SS complétaient le régime de terreur par  toutes ces conditions de rétention si inhumaines .

Trente six personnes succomberont dans le fort et quatre réussiront à s’évader .

Un mémorial de la résistance et de la déportation réalisé par Roger Zonca se dresse à l’entrée du fort, il est inauguré en 1977. C’est à ses pieds que se déroulent les commémorations de la journée nationale de la Déportation, de la journée nationale à la mémoire des crimes racistes et antisémites ,  de l’appel du 18 juin, de l’anniversaire de la libération de Metz , de l’anniversaire de l’ouverture de la casemate A.

 

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23 Réponses

  1. Ben dis donc tu n’as pas visite quelque chose de joyeux, mais vrai il ne faut pas oublier
    Bonne nuit
    Bisous
    Mandrine

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    21 septembre 2015 à 23 h 53 min

  2. Oui, c’est quelque chose à visiter, hein Gisèle ! Y séjourner, donc ! Merci du partage et bon mardi toute la journée ! Bisous♥

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    22 septembre 2015 à 3 h 10 min

  3. C’est comme si je faisais une deuxième visite……
    Difficile de mettre des mots sur ce que nous avons seulement entrevu, ressenti sans le vivre, y survivre
    Surtout ne pas l’oublier et le laisser tomber dans l’oubli
    Merci pour cet article Gisèle
    Je t’embrasse

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    22 septembre 2015 à 8 h 11 min

  4. jamais visité ce Fort ….merci du partage émotion ….

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    22 septembre 2015 à 8 h 33 min

  5. Bonjour Gisèle, un billet magnifique, c’est un beau devoir de mémoire, sinistre mais cela a existé et il ne faut pas que cela s’oublie pour que cela ne recommence plus. Ton billet est le complément d’un livre que je viens de finir sur la vie des camps de concentration, quelle période atroce, on se demande comment il y a pu avoir des survivants! bisous et merci , j’ai fais la visite avec toi, la gorge serrée. MTH

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    22 septembre 2015 à 8 h 51 min

  6. Des photos et un récit qui me terrifient … si seulement cela n’existait plus … pourquoi dire plus jamais puisque çà continue. Ce n’est pas pour visiter et profiter de l’Europe que les immigrés risquent leur vie, la perde même pour beaucoup, pour échapper à la dictature, à la prison, aux coups jusqu’à la mort. Hélas oui, çà continue … quand enfermerons-nous à jamais tous ces dictateurs ?
    Un très bel hommage à ces hommes et femmes … un article très fort et nécessaire.
    Merci Jazzy et gros bisous
    Annick

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    22 septembre 2015 à 9 h 14 min

  7. Vous avez opté pour le devoir de mémoire.
    Une décision toute à votre honneur.
    Et comme tu le précises, à peine en vue de cette ancienne ligne, le
    ton de la voix baisse automatiquement.
    J’ai moi même visité le Struthof avec des scolaires, ils sentent d’eux même
    que les conversations « potaches » et bien, pas ici.
    Porte toi bien. yann.

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    22 septembre 2015 à 10 h 38 min

  8. un endroit qui fait froid dans le dos et qui n’ est pas glorieux pour l’ espèce humaine
    bisous et belle journée

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    22 septembre 2015 à 10 h 50 min

  9. trezjosette2

    Terrifiant et dire que ça continue dans de nombreux endroits du monde cette sauvagerie…
    je pense que la visite qui a suivi au centre musical a été salutaire pour vous remettre de ce lieu traumatisant.
    bises Jazzy

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    22 septembre 2015 à 11 h 06 min

  10. epiceas

    Coucou Gisèle, Ca doit etre super interessant à visiter comme site ! J’aime beaucoup ces architectures militaires et en plus avec ce passé historique riche on apprend des choses…
    Ici la saison champignons commence ! Au fait on a gouter la mirabelle, super bonne ! parfumée et tout… merci ! 😉
    Bonne semaine à toi,
    @+

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    22 septembre 2015 à 11 h 15 min

  11. Bonjour Gisèle,
    Ce sont des choses qui doivent être visitées afin que cela reste dans les mémoires et que l’on ne connaisse plus jamais ça.
    Moi, je suis allée en Tchèquie à Terezin ( Theresienstadt ) qui se trouve à 45 minutes de Prague et où des dizaines de milliers de Juifs innocents de la Tchécoslovaquie, d’Allemagne, d’Autriche, des Pays-Bas et du Danemark ont été emprisonnés là par les nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale, et ont fait aussi leurs atrocités pour lesquelles ils étaient passés maîtres
    La grande majorité de ceux envoyés à Terezin n’est jamais revenue.

    Au départ, c’était la forteresse Habsbourg de Terezin que les SS on transformé en ghetto juif. Bien que ce n’était pas un camp d’extermination, plus de 33.000 Juifs y sont morts seulement 17.247 ont survécu., et plusieurs milliers ont été transportés à Auschwitz et dans d’autres camps de la mort.
    C’est prenant on a envie de pleurer quand on s’imagine ce qui a pu se passer dans ces endroits

    on après-midi Gisèle
    Bises
    LILI

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    22 septembre 2015 à 12 h 13 min

  12. un triste lieu chargé d’histoires et de souffrances ! les horreurs de la guerre comme on dit, ce fut une belle visite très instructive quand même merci Gisèle bonne semaine bisous bisous

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    22 septembre 2015 à 12 h 34 min

  13. mireille du sablon

    ..un très grand moment d’émotion encore maintenant . Entendre toutes les horreurs commises par des hommes sur des autres hommes ne laissent pas indifférents. Tu parles de 36 morts mais d’autres prisonniers, russes par exemple, n’ont jamais été comptabilisés me semble-t-il…
    Bises de Mireille du Sablon

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    22 septembre 2015 à 13 h 06 min

    • Oui tu as raison Mireille les prisonniers russes considérés comme des sous – hommes par le régime nazi n’ont jamais été comptabilisés .

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      22 septembre 2015 à 17 h 28 min

  14. jean-louis

    Les photos sont sobres et montrent dignement ce qui s’est passé en ces lieux.
    Devoir de mémoire pour que plus jamais on ne revive de telles horreurs. Hélas, quand je vois ce que certains postent sur les réseaux sociaux je me dis que l’Homme restera un tyran pour lui-même.

    Bises Gisèle,

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    22 septembre 2015 à 13 h 36 min

  15. evajoe71

    Merci pour ce moment d’histoire où dans ce fort s’est passé comme ailleurs je pense à la prison Saint Luc à Lyon des atrocités pendant la guerre de 39/45. Je ne connaissais pas ce fort, j’ai pourtant été par deux fois au Strutoff, une fois alors que j’avais 12 ans et une autre fois avec mon fils aîné âgé de 12 ans. Avec des années d’intervalles on a ressentis le même froid, la même angoisse. La même horreur, mais mon fils me disait à mon tour j’emmènerais mon fils pour que lui comprenne….

    Pendant mes vacances j’étais en Bretagne et j’ai visité Port Louis, il y a aussi une forteresse ou 69 prisonniers ont été assassinés après avoir été torturés. Leurs bourreaux pour certains sont morts dans leur lit, ils n’ont jamais été poursuivis.

    Merci de nous avoir fait part de ta visite avec cet article. Je viens d’en parler avec mon mari et il me dit, nous nous en souviendrons et nous irons voir.

    Belle journée pluvieuse, et bisous d’EvaJoe

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    22 septembre 2015 à 14 h 01 min

  16. je suis bouleversée par ton article ! quelle bande de pourris !! quel courage ces prisonniers-
    ne jamais oublier ! jamais !
    bonne fin de journée- bisous-

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    22 septembre 2015 à 14 h 43 min

  17. le froid doit s’immiscer dans tout le corps des visiteurs et ne pas le quitter de toute la visite ! Je lis en ce moment ce livre : SI C’EST UN HOMME de Primo Levi. Le témoignage de son incarcération dans un camp de concentration. Beigbeder dit de ce livre : ce volume est aussi important que la Bible. Un Livre fonda une religion humaniste il y a des millénaires. Un autre Livre raconte la fin de l’humanité au XXe s. Bisous, Charlotte m’attend à 15h30.

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    22 septembre 2015 à 15 h 10 min

  18. une chose que l’on voit une fois mais pas deux que cela est dur

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    22 septembre 2015 à 17 h 10 min

  19. @nnie54

    Cela fait froid dans le dos mais il ne faut pas l’ignorer et surtout toujours en parler pour ne pas oublier.
    @nnie

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    22 septembre 2015 à 20 h 16 min

  20. Il ne faut pas oublier toutes ses personnes qui ont soufferts et garder en mémoire leur héroïsme qui a permis la fin de cette guerre.
    Bonne soirée.

    J'aime

    22 septembre 2015 à 22 h 38 min

  21. Cet article, si parfaitement réalisé, m’aide à savoir comment envisager celui que de mon côté j’ai décidé de proposer plus tard. Je viens de finir le livre que j’ai acheté sur place et après cette lecture je suis encore plus bouleversé et j’ai besoin de quelques jours avant de partager mes photos. Les tiennes restituent ce que nous avons vu et entendu des conditions épouvantables d’incarcération.
    Merci G. pour ce témoignage. Le devoir de mémoire est là tristement satisfait. Bises, Marc de Metz.
    Merci pour ton commentaire sous l’article de la Maison de l’Orchestre National de Lorraine. Qu’elle belle et passionnante visite !
    @ bientôt.
    Marc de Metz.

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    23 septembre 2015 à 8 h 11 min

  22. covixlyon

    Bonjour,
    Une visite de mémoire pour ne pas oublier ce passé douloureux.
    Bonne journée
    Bises

    J'aime

    24 septembre 2015 à 9 h 29 min

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