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Jeudi Poésie

Pour le jeudi poésie des croqueurs de mots un clic sur le logo.

Jill Bill à la barre pour cette quinzaine nous propose l’injustice comme thème .

J’ai choisi, tiré du recueil “les feuilles d’automne “, ce poème de Victor Hugo :

Résultat de recherche d'images pour "les pauvres en peinture"

“Le petit marchand de violettes” Fernand Pelez 1885

Pour les pauvres

Dans vos fêtes d’hiver, riches, heureux du monde,
Quand le bal tournoyant de ses feux vous inonde,
Quand partout à l’entour de vos pas vous voyez
Briller et rayonner cristaux, miroirs, balustres,
Candélabres ardents, cercle étoilé des lustres,
Et la danse, et la joie au front des conviés ;

*

Tandis qu’un timbre d’or sonnant dans vos demeures
Vous change en joyeux chant la voix grave des heures,
Oh ! songez-vous parfois que, de faim dévoré
Peut-être un indigent dans les carrefours sombres
S’arrête, et voit danser vos lumineuses ombres
Aux vitres du salon doré ?

*

Songez-vous qu’il est là sous le givre et la neige,
Ce père sans travail que la famine assiège ?
Et qu’il se dit tout bas : « Pour un seul, que de biens !
À son large festin que d’amis se récrient !
Ce riche est bien heureux, ses enfants lui sourient.
Rien que dans leurs jouets, que de pain pour les miens ! »

*
Et puis à votre fête il compare en son âme
Son foyer où jamais ne rayonne une flamme,
Ses enfants affamés, et leur mère en lambeau,
Et sur un peu de paille, étendue et muette,
L’aïeule, que l’hiver, hélas ! a déjà faite
Assez froide pour le tombeau.
*

Car Dieu mit ses degrés aux fortunes humaines,
Les uns vont tout courbés sous le fardeau des peines ;
Au banquet du bonheur bien peu sont conviés ;
Tous n’y sont point assis également à l’aise,
Une loi, qui d’en bas semble injuste et mauvaise,
Dit aux uns : Jouissez ! aux autres : ENVIEZ !

*

Cette pensée est sombre, amère, inexorable,
Et fermente en silence, au cœur du misérable.
Riches, heureux du jour, qu’endort la volupté,
Que ce ne soit pas lui qui des mains vous arrache,
Tous ces biens superflus où son regard s’attache ;
Oh ! que ce soit la charité !
*

L’ardente charité, que le pauvre idolâtre !
Mère de ceux pour qui la fortune est marâtre,
Qui relève et soutient ceux qu’on foule en passant,
Qui, lorsqu’il le faudra, se sacrifiant toute,
Comme le Dieu martyr dont elle suit la route,
Dira : Buvez, mangez ! c’est ma chair et mon sang !

*
Que ce soit elle, oh ! oui, riches, que ce soit elle
Qui, bijoux, diamants, rubans, hochets, dentelle,
Perles, saphirs, joyaux toujours faux, toujours vains,
Pour nourrir l’indigent et pour sauver vos âmes,
Des bras de vos enfants et du sein de vos femmes
Arrache tout à pleines mains !

*
Donnez, riches ! L’aumône est sœur de la prière,
Hélas ! quand un vieillard, sur votre seuil de pierre,
Tout roidi par l’hiver, en vain tombe à genoux ;
Quand les petits enfants, les mains de froid rougies,
Ramassent sous vos pieds les miettes des orgies,
La face du Seigneur se détourne de vous.
*

Donnez ! afin que Dieu, qui dote les familles,
Donne à vos fils la force, et la grâce à vos filles ;
Afin que votre vigne ait toujours un doux fruit ;
Afin qu’un blé plus mûr fasse plier vos granges ;
Afin d’être meilleurs ; afin de voir les anges
Passer dans vos rêves la nuit.

*
Donnez, il vient un jour où la terre nous laisse.
Vos aumônes là-haut vous font une richesse,
Donnez, afin qu’on dise : Il a pitié de nous !
Afin que l’indigent que glacent les tempêtes,
Que le pauvre qui souffre à côté de vos fêtes,
Au seuil de vos palais fixe un œil moins jaloux.

*
Donnez ! pour être aimés du Dieu qui se fit homme,
Pour que le méchant même en s’inclinant vous nomme,
Pour que votre foyer soit calme et fraternel ;
Donnez ! afin qu’un jour, à votre heure dernière,
Contre tous vos péchés vous ayez la prière
D’un mendiant puissant au ciel.

 

BASTIEN-LEPAGE J. 31

Le petit colporteur endormi  de Bastien Lepage 1882

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19 Réponses

  1. Bonjour Jazzy, il est des écrits qui restent valables de nos jours, ceux qui ont tout, ceux qui ont peu, même si chez nous les enfants ne sont plus de jeunes travailleurs précoces, ailleurs… !!! Le ciel est bien injuste avec ses enfants, plus de pauvres que de riches… et regarder les autres bien vivre fait mal ! Merci à toi, bises de JB

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    20 septembre 2018 à 0 h 16 min

  2. Un poème beau mais pas facile et même de nos jours la souffrance hélas sévit encore
    Bonne journée
    Bises

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    20 septembre 2018 à 5 h 22 min

  3. Evelyne Mamazerty

    coucou Gisèle, la violence d e la misère nous poursuit…restent la compassion et l’empathie

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    20 septembre 2018 à 5 h 50 min

  4. Martine Martin-Cosquer

    Très beau poème … Oui partageons. Bisous

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    20 septembre 2018 à 6 h 25 min

  5. Je connaissais la petite marchande d’allumettes, pas celui de violettes.

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    20 septembre 2018 à 6 h 57 min

  6. Un texte plus que jamais d’actualité . C’est un très beau poème. Les peinture sont extraordinaires de vérité.
    Bonne journée

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    20 septembre 2018 à 9 h 55 min

  7. Magnifique poème Jazzy. Toi aussi tu as puisé dans l’œuvre de Victor Hugo pour ce défi en poésie.
    Bises et bon jeudi

    J'aime

    20 septembre 2018 à 10 h 14 min

  8. Bonjour d’Angers …
    Malheureusement … une triste réalité … qui se propage vigoureusement de nos jours …
    Espérons qu’un jour nos politiques rééquilibreront notre organisation …
    Des bâtiments et des fêtes somptueux et des sans logis …
    Merci ! … Passe une bonne journée … Amicalement … ¢ℓαυ∂є …

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    20 septembre 2018 à 10 h 28 min

  9. Ca me fait penser à la petite marchande d’allumettes, ça me faisait pleurer quand j’étais gamine.

    Quel talent Victor Hugo !
    Bon jeudi.

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    20 septembre 2018 à 11 h 03 min

  10. Quel beau poème de Victor Hugo, je ne connaissait pas….la souffrance, la pauvreté et la misère feront toujours parti intégrante de ce monde. Bonne journée…Bises

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    20 septembre 2018 à 11 h 16 min

  11. un très beau poème que j’ai lu en diagonale faute de temps et j’y reviendrai sur la pointe des pieds sans commenter sans doute et de magnifiques illustrations terribles …. bises

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    20 septembre 2018 à 11 h 40 min

  12. Bonjour Gisèle, superbe ce poème que tu as choisi pour relever le défi. Qu’est ce qui est juste en ce monde? pour moi la première injustice commence à la naissance, ce n’est pas juste qu’un petit africain meurt de faim et de maladies infantiles faute de vaccins, alors si on naît dans un pays »riche » je pense que l’on a plus de chance que l’inverse, enfin bref c’est mon sentiment, mais on n’y peut rien, est-ce nôtre destinée, de naître là ou ailleurs, vaste question .Bisous et bon après-midi MTH

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    20 septembre 2018 à 13 h 51 min

  13. covixlyon

    Bonsoir,
    un poème, hélas, toujours d’actualité.
    Bises

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    20 septembre 2018 à 17 h 59 min

  14. Monique Nalge

    les photos sont aussi poignantes que le poème !

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    20 septembre 2018 à 18 h 41 min

  15. Excellent choix de texte et photos, Gisèle !
    Bonne soirée !
    Bisous♥

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    20 septembre 2018 à 19 h 13 min

  16. Kimcat Béa Riot

    Beau et poignant… La plume de Victor Hugo est si talentueuse…
    Le petit colporteur endormi de Bastien Lepage me bouleverse…
    Bisous

    J'aime

    20 septembre 2018 à 19 h 15 min

  17. Pingback: Défi 208 mené par Jill Bill … vos participations – le blog de la communauté des croqueurs de mots

  18. Tristement magnifiques, poème et toile, ah ce Totor ! Tu as raison, Gisèle, aux riches très riches il manque souvent l’empathie. Gros bisous.

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    20 septembre 2018 à 22 h 06 min

  19. Quichottine

    Je connaissais le poème, j’adore la façon dont tu l’as illustré.
    Bisous et douce journée.

    J'aime

    26 septembre 2018 à 8 h 12 min

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