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jeudi poésie

Oyez oyez bravs gens de plume...

Pour le jeudi poésie des croqueurs de mots Jeanne Fadosi ( clic) à la barre nous propose comme fil conducteur la vue et la cécité, la lumière et l’obscurité. J’ai choisi un poème de Louise Ackerman .

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De la lumière

 

Mehr Licht ! mehr Licht !
(Dernières paroles de Gœthe.)

Quand le vieux Gœthe un jour cria : « De la lumière ! »
Contre l’obscurité luttant avec effort,
Ah ! Lui du moins déjà sentait sur sa paupière
Peser le voile de la mort.

Nous, pour le proférer ce même cri terrible,
Nous avons devancé les affres du trépas ;
Notre œil perçoit encore, oui ! Mais, supplice horrible !
C’est notre esprit qui ne voit pas.

Il tâtonne au hasard depuis des jours sans nombre,
A chaque pas qu’il fait forcé de s’arrêter ;
Et, bien loin de percer cet épais réseau d’ombre,
Il peut à peine l’écarter.

Parfois son désespoir confine à la démence.
Il s’agite, il s’égare au sein de l’Inconnu,
Tout prêt à se jeter, dans son angoisse immense,
Sur le premier flambeau venu.

La Foi lui tend le sien en lui disant : « J’éclaire !
Tu trouveras en moi la fin de tes tourments. »
Mais lui, la repoussant du geste avec colère,
A déjà répondu : « Tu mens ! »

« Ton prétendu flambeau n’a jamais sur la terre
Apporté qu’un surcroît d’ombre et de cécité ;
Mais réponds-nous d’abord : est-ce avec ton mystère
Que tu feras de la clarté ? »

La Science à son tour s’avance et nous appelle.
Ce ne sont entre nous que veilles et labeurs.
Eh bien ! Tous nos efforts à sa torche immortelle
N’ont arraché que les lueurs.

Sans doute elle a rendu nos ombres moins funèbres ;
Un peu de jour s’est fait où ses rayons portaient ;
Mais son pouvoir ne va qu’à chasser des ténèbres
Les fantômes qui les hantaient.

Et l’homme est là, devant une obscurité vide,
Sans guide désormais, et tout au désespoir
De n’avoir pu forcer, en sa poursuite avide,
L’Invisible à se laisser voir.

Rien ne le guérira du mal qui le possède ;
Dans son âme et son sang il est enraciné,
Et le rêve divin de la lumière obsède
A jamais cet aveugle-né.

Qu’on ne lui parle pas de quitter sa torture.
S’il en souffre, il en vit ; c’est là son élément ;
Et vous n’obtiendrez pas de cette créature
Qu’elle renonce à son tourment.

De la lumière donc ! Bien que ce mot n’exprime
Qu’un désir sans espoir qui va s’exaspérant.
A force d’être en vain poussé, ce cri sublime
Devient de plus en plus navrant.

Et, quand il s’éteindra, le vieux Soleil lui-même
Frissonnera d’horreur dans son obscurité,
En l’entendant sortir, comme un adieu suprême,
Des lèvres de l’Humanité.

Louise Ackermann, Poésies Philosophiques

P8162658

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19 Réponses

  1. Je viens de le lire chez Zaza Rambette… un texte fort, nous serons tous confrontés à la mort, cette inconnue, dont nul n’est revenu nous dire comment c’était de l’autre côté de la vie… merci aussi, bises

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    11 octobre 2018 à 0 h 16 min

  2. Nous sommes tous logés à la même enseigne
    , et heureusement car le monde se piétinerait
    mais c’est toujours triste de perdre un être cher …
    Bonne soirée ☻

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    11 octobre 2018 à 0 h 36 min

  3. Une poésie qui a de la vogue, en ce jour ! Je viens tout juste de la lire chez Zaza ! Oui, nous devrons tous y passer … chacun ses croyances … cette Foi en la lumière ne s’aquiert pas par nos efforts mais, c’est un don.
    Bonne journée,
    Bisous♥

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    11 octobre 2018 à 4 h 51 min

  4. Anonyme

    Je l’ai lu ce matin chez une autre aminaute Zaza et je referai le même commentaire : Je n’ai pas la foi et ne la recherche pas car je me porte bien sans. Je ne pourrai vous visiter pendant quelques jours. Je reçois mon amie de blog. Bonne fin de semaine. Bisous

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    11 octobre 2018 à 5 h 46 min

  5. Le commentaire anonyme précédent c’était moi. Les blogs wordpress c’est la galère pour les commentaires….

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    11 octobre 2018 à 5 h 49 min

  6. Haut les cœurs pour tous les vivants ! Bon jeudi

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    11 octobre 2018 à 6 h 51 min

  7. Zaza Rambette

    Magnifique poème de Louise Ackermann que j’ai aimé et choisi également. Comme quoi les grandes idées se rencontrent.
    Bises et bon jeudi Jazzy

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    11 octobre 2018 à 6 h 55 min

  8. Quichottine

    Je ne connaissais pas ce poème. Merci de me l’avoir fait découvrir.
    Le cri sera-t-il entendu avant qu’il ne soit trop tard ?
    Passe une douce journée. Bisous.

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    11 octobre 2018 à 8 h 37 min

  9. bonjour Gisèle , magnifiques tes reflets waouh ! et quel beau texte poétique bisous belle journée a+

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    11 octobre 2018 à 10 h 32 min

  10. Quelle jolie poésie Et de superbes clichés…Bonne journée. Bises

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    11 octobre 2018 à 11 h 04 min

  11. trezjosette2

    avec Zaza tu as choisis ce très beau poème… j’aime énormément et ne m’en lasse pas !

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    11 octobre 2018 à 11 h 21 min

  12. Hélène Madec

    Coucou Jazzy Gisèle, oui, sans le savoir, même sublime choix que Zaza. On ne sait pas si Goethe la réclamait, la lumière, ou s’il apercevait déjà celle de l’au-delà, qui sait ? Moi pas, qui traverse parfois les mêmes zones d’ombre que Louise Ackermann. Superbe photo, bravo, bisous ! Lenaïg

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    11 octobre 2018 à 11 h 50 min

  13. mireille du sablon

    … et bien moi, je me contente de la lumière du jour, heureuse à chaque fois de la retrouver… laissons les ténèbres…pour plus tard!
    Bises de Mireille du sablon

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    11 octobre 2018 à 12 h 00 min

  14. Quand l’homme finit de souffrir c’est souvent quand il a fini de vivre.
    Certains préfèrent prolonger encore les souffrances plutôt que de partir, c’est un choix très personnel.
    Bon jeudi.

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    11 octobre 2018 à 14 h 45 min

  15. Il est magnifique ce poème et en plus très vrai l’homme ne guérira jamais, il ne veut pas…..? Bisousss

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    11 octobre 2018 à 15 h 22 min

  16. Kimcat Béa Riot

    C’est magnifique !!
    Bisous

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    11 octobre 2018 à 17 h 41 min

  17. Tes photos montrent bien notre vie à cheminer dans une ambiance clair-obscur, cet oxymore qui nous qualifie.
    Qu’on choisisse les lumières de la foi, ou de la science, à certaines heures de notre vie, on se cherche à tâtons une motivation, une raison de poursuivre la route. Pour certains, on restera éternellement hésitants, mais décidé quand même à vaincre l’obscurantisme.
    Oui, pour ton com chez moi, Meisenthal, incontournable, Et si la vie on la voyait à travers une boule de cristal?
    A plus. Yann

    J'aime

    11 octobre 2018 à 17 h 57 min

  18. Lili Demo

    Bonsoir Gisèle,
    poignant cet écrit
    croire à la lumière au bout du tunnel ?? ou ne pas y croire
    personne n’est revenu confirmer ou infirmer ce fait
    moi je préfère y croire ?? qui ne risque rie n’a rien ? et si cet espoir peut soulager la souffrance pourquoi pas
    bonne soirée
    bisous

    J'aime

    11 octobre 2018 à 19 h 22 min

  19. Pingback: Défi 209, vos participations – le blog de la communauté des croqueurs de mots

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