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En passant par Ault

Pour ce jeudi , je vous laisse en compagnie de Victor Hugo pour la visite du bourg d’Ault , texte tiré de “en voyage ”tome II,  pour le texte complet un clic ici.

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“ Ma journée d’hier, chère amie, a été bien remplie…je voulais voir le point précis où finit la dune et où commence la falaise. Belle promenade mais pour laquelle il n’y a que le chemin des chèvres et qu’il fallait faire à pied . Une heure après, toujours par le chemin tortueux de la falaise,  je m’approchais du bourg d’Ault, le but principal de ma course.  À un détour du sentier, je me suis trouvé tout à coup dans un champ de blé situé sur le haut de la falaise et qu’on achevait de moissonner. Comme les fleurs d’avril sont venues en juin cette année, les épis de juillet se coupent en septembre. Mais mon champ était délicieux, tout petit, tout étroit, tout escarpé, bordé de haies et portant à son sommet l’océan. Te figures-tu cela ? vingt perches de terre pour base, et l’océan posé dessus. Au rez-de-chaussée des faucheurs, des glaneuses, de bons paysans tranquilles occupés à engerber leur blé, au premier étage la mer, et tout en haut, sur le toit, une douzaine de bateaux pêcheurs à l’ancre et jetant leurs filets. Je n’ai jamais vu de jeu de la perspective qui fût plus étrange. Les gerbes faites étaient posées debout sur le sol, si bien que pour le regard leur tête blonde entrait dans le bleu de la mer. À la ligne extrême du champ une pauvre vache insouciante se dessinait paisiblement sur ce fond magnifique. Tout cela était serein et doux, cette églogue faisait bon ménage avec cette épopée. Rien de plus frappant, à mon sens, rien de plus philosophique que ces sillons sous ces vagues, que ces gerbes sous ces navires, que cette moisson sous cette pêche. Hasard singulier qui superposait les uns aux autres, pour faire rêver le passant, les laboureurs de la terre et les laboureurs de l’eau.

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À deux heures et demie j’entrais au bourg d’Ault On passe quelques maisons et tout à coup on se trouve dans la principale rue, dans la rue mère d’où s’engendre tout le village, lequel est situé sur la croupe de la falaise. Cette rue est d’un aspect bizarre. Elle est assez large, fort courte, bordée de deux rangées de masures, et l’océan la ferme brusquement comme une immense muraille bleue. Pas de rivage, pas de port, pas de mâts. Aucune transition. On passe d’une fenêtre à un flot.

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Au bout de la rue en effet on trouve la falaise, fort abaissée, il est vrai. Une rampe vous mène en trois pas à la mer, car il n’y a là ni golfe, ni anse, pas même une grève d’échouage comme à Étretat. La falaise ondule à peine pour le Bourg-d’Ault.

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…Il y a aussi une vieille belle église , bien vieille et bien belle, germée au douzième siècle et éclose au quinzième . On la réparait quand j’y suis entré .  

Comme les maçons y étaient, on m’a refusé l’entrée du clocher, qui est fort haut placé, et doit avoir une vue admirable. J’ai eu beau insister.

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Ce qui m’amenait au Bourg-d’Ault, c’est que c’est là que la falaise commence. Pour mon guide, qui était d’Étretat et qui, bien entendu, faisait de sa bourgade le centre du monde, c’est au Bourg-d’Ault que la falaise finit. — Voyez, monsieur, me disait-il, d’une manière assez pittoresque en me montrant la côte qui s’abaissait jusqu’aux plaines, elle finit en sifflet.

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J’ai fait quelques pas sur les galets du Bourg-d’Ault, puis je suis remonté dans le village pour redescendre avec la falaise dans les plaines de sable où les dunes viennent aboutir de leur côté.

La mer ronge perpétuellement le Bourg-d’Ault. Il y a cent cinquante ans, c’était un bien plus grand village qui avait sa partie basse abritée par une falaise au bord de la mer. Mais un jour la colonne de flots qui descend la Manche s’est appuyée si violemment sur cette falaise qu’elle l’a fait ployer. La falaise s’est rompue et le village a été englouti. Il n’était resté debout dans l’inondation qu’une ancienne halle et une vieille église dont on voyait encore le clocher battu des marées quelques années avant la Révolution, quand les vieilles femmes qui ont aujourd’hui quatrevingts ans étaient des marmots roses….

Cet endroit est beau. Je ne pouvais m’en arracher. C’est là qu’on voit poindre et monter cette haute falaise qui mure la Normandie, qui commence au Bourg-d’Ault, s’échancre à peine pour le Tréport, pour Dieppe, pour Saint-Valery-en-Caux, pour Fécamp, où elle atteint son faîte culminant, pour Étretat où elle se sculpte en ogives colossales, et va expirer au Havre, au point où s’évase cet immense clairon que fait la Seine en se dégorgeant dans la mer.

Où naît la falaise, la dune meurt. La dune meurt dignement dans une grande plaine de sable de huit lieues de tour qu’on appelle le désert et qui sépare le Bourg-d’Ault, où la falaise commence, de Cayeux, village presque enfoui dans les sables, où finit la dune.

 

16 Réponses

  1. Magnifique partage super bien illustré par toi, Gisèle !
    Bravo et bon jeudi,
    Bisous♥

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    27 juin 2019 à 2 h 55 min

  2. martinemartin85

    Merci beaucoup de ce partage. Quel beau texte d’Hugo. L’érosion des falaises continue et de plus en plus vite. Bisous

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    27 juin 2019 à 4 h 17 min

  3. Anonyme

    Des photos sublimes
    El article
    Que ta journée soit agréable
    Bisous

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    27 juin 2019 à 4 h 59 min

  4. @nnie54

    Merci pour ce beau billet de ta visite du Bourg-d’Ault qui finit et disparaît ainsi vers le vide, la mer. Je suis allée voir le mot églogue que je ne connaissais pas.
    Bon jeudi, bisous, nous avons un petit air frais ce matin ça fait un bien fou.
    @nnie

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    27 juin 2019 à 7 h 40 min

  5. trezjosette2

    je ne connais pas mais à lire Victor Hugo quelle impression que tes photos mettent encore en valeur
    il n’avait d’appareil photo notre poète mais il savait rendre réel et vivant ce qu’il voyait

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    27 juin 2019 à 9 h 27 min

  6. Très joli texte et superbe photos. Bonne journée.Bises

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    27 juin 2019 à 10 h 24 min

  7. Bonjour d’Angers …
    J’ai marché dans les pas de Victor à l’aide de Google Maps … beau parcours magnifiquement décrit …
    Belles photos …
    Bonne journée … Amicalement … ¢ℓαυ∂є …

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    27 juin 2019 à 10 h 34 min

  8. mireille du sablon

    Tes photos me rappellent cette semaine que j’ai passée en Normandie, à découvrir de si beaux paysages, à trouver des lieux si pittoresques et j’ai bien envie de chanter:  » J’irai revoir ma Normandie…. »! Point grave s’il pleut, ça nous fera du bien..
    Bisous du jour
    Mireille du sablon

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    27 juin 2019 à 11 h 04 min

  9. Merci Gisèle pour cette belle page de lecture. Bisous et bonne journée MTH

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    27 juin 2019 à 14 h 00 min

  10. Je connais bien Ault ! nous allions en vacances en famille à la campagne à une trentaine de km de Ault que nous parcourions à vélo !!! Très fatigant car nos vélos n’étaient pas ceux d’aujourd’hui. Mais de bons souvenirs.
    Voici le lien de mon article sur la plage de Ault, le soir : http://annick-amiens.eklablog.com/le-village-prefere-des-francais-a117406012
    Tu en as très bien parlé 😉
    Gros bisous

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    27 juin 2019 à 16 h 37 min

  11. J’ai exactement les mêmes photos, c’est beau Ault.
    Bises

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    27 juin 2019 à 18 h 06 min

  12. Yvonne Anne

    J’ai suivi Victor Hugo….et effectivement, la première fois que j’ai découvert Ault….c’est ce qui m’ est apparu et c’est ce que j’ai ressenti !!
    C’est une bourgade attachante où ciel, mer, campagne se mêlent.
    Voici une belle page sur cette Normandie que j’apprécie particulièrement et où l’on se sent si bien lorsque la canicule sévit ailleurs…Et que de doux souvenirs!!
    Bisous et belle soirée, jazzy.

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    27 juin 2019 à 18 h 23 min

  13. Que c’est beau !!
    Bisous du jour

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    27 juin 2019 à 18 h 32 min

  14. Tu as là, un très bel article où tu illustres de tes photos, une pointure de l’écriture, conçu au Donon des Vosges, aux dires de son père.
    Je conserve en mémoire cette expression de laboureurs de l’eau pour ces travailleurs de la mer.
    Oui, comme toi, j’aime bien les enfants se préparant pour l’école de Hansi.
    Tu dois aussi connaitre, l’arrivée des cigognes que je te propose en photo façon calendrier.

    Je te propose de passer un très bon WE, avec des stratégies adaptées à ces températures caniculaires, de  » petit chien  » la constellation visible dans nos nuits d’été.
    Amicalement. Yann

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    28 juin 2019 à 9 h 29 min

  15. Grâce à tes photos ainsi que le bel écrit de Victor Hugo,Je vois un peu mieux cette partie de ma Normandie( a part Etretat, le Havre et Rouen où je me suis rendue ) que je ne connais pas . Merci

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    28 juin 2019 à 10 h 40 min

  16. Merci pour ce beau voyage.

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    30 juin 2019 à 17 h 40 min

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