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J’ai lu

 

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Quatrième de couverture :

Elle a trente ans, elle est professeur, mariée à un "cadre", mère de deux enfants. Elle habite un appartement agréable. Pourtant, c’est une femme gelée. C’est-à-dire que, comme des milliers d’autres femmes, elle a senti l’élan, la curiosité, toute une force heureuse présente en elle se figer au fil des jours entre les courses, le dîner à préparer, le bain des enfants, son travail d’enseignante. Tout ce que l’on dit être la condition "normale" d’une femme.

La narratrice retrace son enfance sans contrainte, entre un père tendre et une mère ardente, qui se partageaient le plus naturellement du monde les tâches de la maison et d’un commerce. Elle dit ses désirs, ses ambitions de petite fille, puis ses problèmes d’adolescente quand pour être aimée, elle s’efforce de paraitre comme ils préfèrent que soient les filles, mignonne, gentille et compréhensive. C’est ensuite l’histoire cahoteuse du cœur et du corps, l’oscillation perpétuelle entre des rêves romanesques et la volonté de rester indépendante,la poursuite sérieuse d’ études  et l’obstinée recherche de l’amour. Enfin, la rencontre du frère d’élection, de celui avec qui tout est joie, connivence, et après des hésitations, le mariage avec lui. Elle avait imaginé la vie commune comme une aventure; la réalité c’est la découverte des rôles inégaux que la société et l’éducation traditionnelle dévoluent à l’homme et à la femme. Tous deux exercent des métiers un métier après des études d’un niveau égal, mais à elle seule, les soucis du ménage, des enfants, de la subsistance. Simplement parce qu’elle est femme.

La voix de ce récit ne gémit pas, elle ne s’apitoie pas sur un sort auquel elle a consenti, par vanité de tout concilier, lâcheté ou conformisme. Elle rit, crie, ou constate calmement: “ Elles ont fini sans que je m’en aperçoive, les années d’apprentissage. Après c’est l’habitude. Uns somme de petits bruits à l’intérieur, moulin à café, casseroles; prof discrète, femme de cadre vêtue de Cacharel ou Rodier dehors. Une femme gelée.”

Un récit autobiographique d’une  justesse sans faille sur  la condition des femmes dans les années 60. Et  bien après si l’on en croit les nombreux témoignages de femmes jusqu’à nos jours, même si on note une amélioration dans la répartition des tâches ménagères.  J’aime beaucoup la manière qu’a cette auteure de se décrire à la fois personnelle et universelle.

Extraits

“ Et je l’ai lue la bible des mères modernes, organisées, hygiéniques, qui tiennent leur intérieur pendant que leur homme est au « bureau », jamais à l’usine, ça s’appelait "J’élève mon enfant", je, moi, la mère, évidemment. Plus de quatre cents pages, cent mille exemplaires vendus, tout sur le « métier de maman », il m’a apporté ce guide un jour, peu de temps après notre arrivée à Annecy, un cadeau. Une voix autorisée, la dame du livre, comment prendre la température, donner le bain, un murmure en même temps, comme une comptine, « papa, c’est le chef, le héros, c’est lui qui commande c’est normal, c’est le plus grand, c’est le plus fort, c’est lui qui conduit la voiture qui va si vite. Maman, c’est la fée, celle qui berce, console, sourit, celle qui donne à manger et à boire. Elle est toujours là quand on l’appelle », page quatre cent vingt-cinq. Une voix qui dit des choses terribles, que personne d’autre que moi ne saura s’occuper aussi bien du Bicou, même pas son père, lui qui n’a pas d’instinct paternel, juste une « fibre ». Ecrasant. En plus une façon sournoise de faire peur, culpabiliser, « il vous appelle… vous faites la sourde oreille… dans quelques années, vous donnerez tout au monde pour qu’il vous dise encore : Maman, reste “

“ prof, quel métier extraordinaire "pour une femme", dix-huit heures de cours, le reste du temps à la maison, des tas de vacances pour s’occuper de ses enfants, le rêve, enfin un travail parfaitement indolore pour l’entourage, la femme qui se "réalise", rapporte du fric, reste bonne épouse, bonne mère, qui s’en plaindrait. Moi, même plus, le coup de la femme totale je suis tombée dedans, fière à la fin, de tout concilier, tenir à bout de bras la subsistance, un enfant et trois classes de français, gardienne du foyer et dispensatrice de savoir, supernana, pas qu’intellectuelle, bref harmonieuse.

“Organiser, le beau verbe à l’usage des femmes, tous les magazines regorgent de conseils, gagnez du temps, faites ci et ça, ma belle-mère, si j’étais vous pour aller plus vite, des trucs en réalité pour se farcir le plus de boulots possible en un minimum de temps sans douleur ni déprime parce que ça gênerait les autres autour.”

17 Réponses

  1. Epouse, mère de famille, travailleuse en extérieur, il est bien normal d’avoir un coup de main de sa moitié, mais, autrefois… et encore aujourd’hui, tous ces messieurs ne l’entendent pas ainsi… une vie au féminin plus que bien remplie, merci… bises

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    7 mai 2021 à 2 h 23 min

  2. martinemartin85

    J’adore Annie Ernaux. J’ai lu tous ses livres dont celui-ci. Elle habite Cergy pas très loin de mon ancien domicile. Je l’ai rencontrée lors d’une remise d’un prix de la nouvelle. C’est une belle personne. Bisous

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    7 mai 2021 à 5 h 22 min

  3. superbe description sa donne envie de le lire
    bises bonne journée

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    7 mai 2021 à 5 h 56 min

  4. Merci pour cette présentation.

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    7 mai 2021 à 6 h 32 min

  5. Le titre en dit long
    Bonne journée Gisèle

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    7 mai 2021 à 6 h 53 min

  6. a découvrir
    Bises amicales

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    7 mai 2021 à 7 h 14 min

  7. mireille du sablon

    Tellement vrai tout cela pour beaucoup de femmes et au bout de leur vie, que reste-t-il? elles étaient si bien « dans le moule »…
    Bises du jour
    Mireille du sablon

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    7 mai 2021 à 7 h 29 min

  8. annemarieguillard

    Superbe ressenti Jazzy quant à ce livre… Beaucoup de femmes devraient se reconnaître dans ce récit autobiofraphique.
    Bises

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    7 mai 2021 à 8 h 47 min

  9. C’est toute ma vie ! on me l’avait aussi offert en cadeau « J’élève mon enfant », de plus j’ai passé un CAP couture, on apprenait à « tenir une maison » etc… Je me retrouve tout à fait et il faut que je lise ce livre. La vie des femmes « babyboom » ! qui ont eu aussi une vie professionnelle. Mais beaucoup on connu le « divorceboom » aussi … les mentalités changeant peu à peu … les jeunes hommes commencent à évoluer mais ce n’est pas gagné.
    Merci Jazzy
    Bisous

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    7 mai 2021 à 10 h 07 min

  10. Evelyne Mamazerty

    Je me retrouve toujours dans les livres d’Annie Ernaux, comme tant d’autres femmes de ma génération qui en sont revenues ,de cette injonction sournoise de devoir être la superwoman inventée par un monde d’hommes et relayée par des femmes soumises et même des femmes féministes…Le patriarcat nous a encensees pour mieux faire taire en nous nos aspirations propres. Tant que la supercherie encense notre ego ça fonctionne mais à quel prix pour celles qui ont senti le piège sans pouvoir l’éviter! Merci Gisèle pour la mention de ce livre.

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    7 mai 2021 à 10 h 55 min

  11. respir57

    Un livre à lire.
    Nos hommes se croient égalitaires avec nous. Même ma fille a du s’imposer pour ne pas préparer tous les repas.
    Ma petite fille a demandé pourquoi papy ne cuisine pas…
    Je lui ai répondu, parce qu’il n’en a pas envie.
    Cela empiète sur son temps de lecture, d’écriture.
    Du chemin à faire…
    Bises

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    7 mai 2021 à 13 h 26 min

  12. genevieve Maubon

    Sûr, un livre à découvrir !!!
    Bisous, Gisèle,
    Geneviève

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    7 mai 2021 à 14 h 06 min

  13. Bonjour Gisèle je prends note du titre de ce livre car j’ai grand envie de le lire bisous bon après-midi MTH

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    7 mai 2021 à 14 h 16 min

  14. Encore de nos jour rare sont les hommes qui travaillent autant qu’une femme a la maison et au boulot! Quoique on dise…. Bisous douce journée

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    7 mai 2021 à 15 h 10 min

  15. Tu nous le présentes bien !
    Biz

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    7 mai 2021 à 17 h 34 min

  16. cricket1513

    Ah oui !!! L’éternel problème !!
    Tu donnes bien envie de lire ce livre.
    Ma bibliothèque va bientôt me demander mes choix pour commander – je verrai si ce dernier est possible.

    Le problème c’est souvent aussi que les femmes sont plus exigeantes, en général, que ces messieurs, en matière de propreté et que nous ne supportons pas des tas de choses qu’ils arrivent à ne surtout pas voir … ils ont d’autres préoccupations !
    Du linge ? De la poussière ? Un sol sale ? Ah bon ? Ils ne voient pas ..
    Des enfants ? Ah … Devoirs ? Comment ça … Docteur ? Dentiste etc… S’en occuper ?
    Ahhhh les journées à rallonge oui c’est certain !!

    bises
    bonne soirée
    christelle

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    7 mai 2021 à 18 h 40 min

  17. Excellente présentation, Gisèle,
    Bonne journée,
    Bises 😘

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    8 mai 2021 à 3 h 28 min

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