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La mort du loup

Image dans Infobox.

"Qu’est-ce que le bonheur ? C’est le moment à partir duquel vous vivez ce que vous espériez vivre. Où il y a adéquation entre le ressenti de votre vie et ce que vous espériez. Mort ou pas mort, j’ai été intensément heureux !" Axel Kahn

Axel Kahn  avait choisi le loup comme totem pour ces derniers arpents de vie comme il le précisait dans son blog. Un grand merci Monsieur Kahn pour tout ce que vous avez partagé, pour votre foi en l’être humain et votre magnifique philosophie de vie. Dans cet article de son blog ( clic) ,  il citait les derniers vers de ce poème.

Soyez certain que vous êtes et resterez “un type bien”

PA200071

 

Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l’incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l’horizon.
Nous marchions sans parler, dans l’humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçu les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. — Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs ; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament ;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N’effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d’en-bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s’étaient mis en quête
A regardé le sable en s’y couchant ; Bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçaient la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s’arrêtent, et moi, cherchant ce qu’ils voyaient,
J’aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse ;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu’à deux pas, ne dormant qu’à demi,
Se couche dans ses murs l’homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu’adoraient les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s’assied, les deux jambes dressées
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s’est jugé perdu, puisqu’il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ;
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante
Et n’a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu’au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu’à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;
Nos fusils l’entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.
II
J’ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n’ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l’attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuve
Ne l’eût pas laissé seul subir la grande épreuve ;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes
Que l’homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.
Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d’Hommes,
Que j’ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C’est vous qui le savez, sublimes animaux !
A voir ce que l’on fut sur terre et ce qu’on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
– Ah ! je t’ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m’est allé jusqu’au coeur !
Il disait : " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu’à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j’ai tout d’abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t’appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler.

Alfred de Vigny

17 Réponses

  1. Un sacré Monsieur que ce Monsieur là…. J’ai vu son reporte , il m’ émue aux larmes et quelle force en lui !!
    Aurons nous la même j’en doute…

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    6 juillet 2021 à 13 h 48 min

  2. oui je suis triste
    J’avais vu un intervew y a pas longtemps
    Cétait un personnage
    Bel hommage pour cet homme de tête
    Bonne journée Gisèle

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    6 juillet 2021 à 13 h 51 min

  3. Bonjour d’Angers,
    Oui ! Merci Monsieur Kahn !
    À avoir en tête en permanence :
    «Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
    Dans la voie où le Sort a voulu t’appeler,
    Puis après, souffre et meurs sans parler.»
    Bonne Journée ! … Amicalement … Claude …

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    6 juillet 2021 à 14 h 20 min

  4. jamadrou

    Merci Gisèle pour ce bel article, bel hommage à Monsieur Axel Kahn

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    6 juillet 2021 à 14 h 30 min

  5. Appris son décès à la télé ce matin, vu pas si longtemps que ça un soir sur une chaîne télé… qu’il repose en paix…

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    6 juillet 2021 à 15 h 25 min

  6. Merci aussi beaucoup à vous (et à Solène) de nous permettre d’être ensemble en ce jour un peu triste et aussi joyeux de savoir qu’Axel Kahn qui n’avait pas peur ni de vivre ni de mourir poursuit dans un au-delà (inconnu de nous autres) son chemin, oui vous avez raison de le dire, il est un homme bien

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    6 juillet 2021 à 15 h 29 min

  7. Mince tu m’apprend cela c’était un grand Monsieur…Bisous

    J'aime

    6 juillet 2021 à 16 h 18 min

  8. Quel splendide hommage ! Merci à toi…
    J’ai laissé un petit message sur son blog.
    Oui ce monsieur était un type bien.
    Bisous du jour

    J'aime

    6 juillet 2021 à 17 h 32 min

  9. Quel splendide hommage ! Merci à toi…
    J’ai laissé un petit message sur son blog.
    Oui c’était un type bien.
    Bisous du jour.

    J'aime

    6 juillet 2021 à 17 h 33 min

  10. Beaucoup d’admiration pour ce grand Monsieur qui vient de nous quitter.
    Juste un petit copier coller pour vous dire que je suis bien arrivée dans mon île par la vedette de 15h. L’homme s’est décidé à venir passer les mois d’été en ma compagnie et la ménagerie a suivi.
    Le chat dans sa boîte et les bagages ont accompagnés de Michel dans le taxi jusqu’au phare pour la modique somme de 15€.
    Du débarcadère, je suis montée à « pince » jusque la maison en tenant les deux chiens en laisse. Farouk s’arrêtait tous les 5 minutes pour lever la patte.
    Il fait beau, mais pas très chaud.
    Bises à toutes et tous et bonne soirée

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    6 juillet 2021 à 19 h 08 min

  11. superbe hommage merci pour cela
    bises bonne soirée

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    6 juillet 2021 à 21 h 54 min

  12. Bonsoir Gisèle,
    Magnifique hommage à cet homme !
    Bonne soirée,
    Bises 😘

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    6 juillet 2021 à 22 h 08 min

  13. genevieve Maubon

    Un très bel hommage à Axel Kahn ! un être d’exception ……
    Merci pour le partage du poème d’Alfred de Vigny … très beau !
    Bisous,
    Geneviève

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    7 juillet 2021 à 8 h 36 min

  14. mireille du sablon

    Je m’apprêtais à faire ce même hommage à ce grand monsieur! Il nous laisse une bien belle citation et aussi de nombreux témoignages d’une vie si bien remplie…au service des autres. Merci Monsieur!
    Bises de Mireille du Sablon

    J'aime

    7 juillet 2021 à 10 h 36 min

  15. BRIGITTE WEGMANN

    wahoo je lis et je pleure , j’admirais cet homme quelle force , quel bel hommage merci

    J'aime

    7 juillet 2021 à 15 h 07 min

  16. Yvonne Anne

    Merci Jazzy pour ce bel article, hommage à un Grand Homme.Avec émotion, j’ai réécouté son interview, par François Busnel, hier soir !!
    Bisous de fin d’après-midi.

    J'aime

    8 juillet 2021 à 17 h 48 min

  17. Quichottine

    Je ne savais pas qu’il avait choisi le loup… mais j’ai toujours adoré ce poème, l’un de mes préférés.
    Merci pour ton bel hommage.
    Bisous et douce journée.

    J'aime

    12 juillet 2021 à 10 h 38 min

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