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croqueurs de mots

Jeudi poésie

Pour ce jeudi poésie des croqueurs de mots( clic )  sur  le thème de l’infini , je vous propose un poème de Maurice Rollinat dans le recueil paysage et paysans (1899)  

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Les infinis

Vertigineux géant du désert qu’il écrase,
La tête dans l’azur et le pied dans la mer,
Le mont découpe, ardent, sous le dôme de l’air,
Son farouche horizon de chaos en extase.

*
Le vide où, par instants, des vents de feu circulent,
Tend son gouffre comblé par son rutilement ;
L’onde et la nue, ayant même bleuissement,
Face à face vibrants, s’éblouissent et brûlent.

*
Là, ce que la Nature a de plus éternel :
L’Espace, l’Océan, la Montagne, le Ciel,
Souffre pompeusement la lumière embrasée :

*
Puis, la Nuit vient, gazant sous ses voiles bénis
La Lune, spectre errant de ces quatre infinis
Qui boivent les soupirs de son âme glacée.

Maurice Rollinat

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Tatoujuste et Louyétu

Pour le défi 205 des croqueurs de mots un clic sur le logo.

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Le froid s’est installé depuis quelques jours sur le lac de Nanardmer, bien connu des festivaliers du monde d’avant les créatures. Mais si, bien sûr, vous le connaissez ce lac,  les nouveaux occupants ont juste modifié une partie du nom de la commune. Pas un humain à l’horizon, seuls deux Zetryx occupent les lieux. Louyétu , d’humeur exécrable,  qui vient tout juste de terminer sa sieste , interpelle Tatoujuste le responsable météo.

« Tatoujuste , drôle à face de crème renversée, peux – tu m’expliquer pourquoi tu as mis le mode hiver sur le lac ?  Nous n’étions pas censés être au printemps ?» s’énerve Louyétu

« J’ai…. » commence Tatoujuste

« Tu dis ? Hurle Louyétu

« J’ai …. »

« Enfer et damnation, tu vas nous attirer des ennuis, la police de l’alphabet est toujours en alerte, arrête moi ça tout de suite ! »

« J’ai … »

« Bachibouzouk, c’est qu’il continue, ça t’amuse ce petit jeu, pas de ça avec moi, tu veux jouer les rambos de pacotille ? t’es pas prêt de triompher mon pote »

« Mais je n’ai rien fait, je te réponds que j’ai … »

« C’en est trop, tu sais bien que cette lettre est strictement interdite sous peine de poursuites judiciaires, alors pourquoi tu t’entêtes, t’as un problème avec tes cordes vocales ? »

« Mais non tout fonctionne à merveille, je ne suis pas en train de te nommer cette lettre …»

« Dis-moi que je suis dur de la feuille tant que tu y es, que la consonne en jouant du marteau sur l’enclume s’est pris le pied dans l’étrier  ! Tu ne manques pas d’air là, je sais bien que tu as dit [z] »

Tatoujuste soupire bruyamment, inspire un bon coup et commence à se taper sur le thorax.

« Mais qu’est-ce que tu fabriques encore ? Tu devrais consulter mon pauvre, le froid a dû abimer un de tes relais synaptiques »

« J’essaye juste de t’expliquer que le je et le verbe avoir à la première personne du présent de l’indicatif, ça fait le même son que la lettre interdite »

Louyétu ne moufte pas , il vient de se rendre compte de sa bévue mais ne compte rien laisser paraître , pas question du tout de s’excuser pour son comportement , il hausse les épaules et s’en va en ronchonnant , laissant son interlocuteur médusé . Ce n’est pas un Tatoujuste qui va lui faire la leçon, non mais !