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croqueurs de mots

Défi 234 des croqueurs de mots

en avant pour le défi 234

Durgalola à la barre du bateau des croqueurs pour la quinzaine nous dit :

Avec le coronarovirus, nous sommes contraints à limiter nos déplacements.

J’en connais qui devaient découvrir Milan, d’autres New York et d’autres peut être Vesoul,

alors je vous propose d’écrire une courte histoire (30 lignes maxi) sur une ville, une région, une montagne, tout simplement un endroit que vous connaissez ou que vous souhaiteriez connaître.

Seule contrainte, vous mentionnerez  le nom d’un poète ou d’une poétesse dans votre texte.

J’ai choisi de  rééditer ce texte écrit en 2014 avec quelques modifications .

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C’est par une chaude journée de novembre , le premier très exactement, que nous  découvrons  cette charmante chapelle du Saint Mont en compagnie de ma petite tribu vosgienne, son toit chamarré d’ombre et de lumière et le magnifique panorama des alentours . Partis de la commune de St Etienne les Remiremont nous  laissons les véhicules pour emprunter un chemin caillouteux  fort  carrossable mais tellement plus agréable à fouler à pied. Charmes , bouleaux , épicéas, sapins,  chaque  essence rivalise d’éclat avant le coucher du soleil dans cette montagne vosgienne  . Pour peu on entendrait, portées par le vent les vers,  d’ Albert Mérat :

“Lorsque, le soir venant, la plaine se fait grise,
La route à vos regards ménage la surprise
Des Vosges, où l’on entre ainsi qu’en un palais”

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Nous quittons cette grande sente  pour passer le pont des fées ,

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une sorte de muraille de pierres sèches barrant la vallée et qui reste à cette heure dans l’ombre,  seul le haut des deux pentes boisées décline sa palette automnale en plein soleil . Ce pont  est long d’une centaine de mètres, large d’une quinzaine et haut d’une douzaine.

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Nul ne sait qui l’a construit ni pourquoi mais la légende nous apprend que Marlus , un enchanteur habitant le Morthomme en voulait à Aimery le jeune seigneur du St Mont. Aimery aurait aidé un bucheron que Marlus s’apprêtait à voler. Ce dernier  enleva le jour de ses noces la princesse Aliénor, épouse d’Aimery et la séquestra dans la tour des corbeaux . Aimery tenta plusieurs fois de la secourir mais  un dragon l’empêchait de passer le vallon . Désespéré Aimery tenta de se noyer mais une fée arriva à temps pour l’en dissuader , elle lui intima de délivrer Aliénor le lendemain . Il découvrit  en se rendant sur place que les fées avaient construit cet ouvrage pendant la nuit et ainsi il put relier Le St Mont au Morthomme sans se soucier du dragon  et sauva son épouse .

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  Arrivés en haut du saint Mont ( 672 mètres) nous apercevons  les ruines de plusieurs chapelles (Ste Claire et Ste Marguerite) ainsi que d’autres bâtiments  nous prouvant qu’il devait exister ici une vraie ville, le berceau même peut être de la ville de Remiremont . En lieu et place de l’église abbatiale du monastère colombaniste , fondé par St Amé et Saint Romaric en 620 sur un ancien oppidum gallo romain ,

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se trouve maintenant cette petite chapelle St Michel .

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Juste derrière la porte à travers les croisillons vous remarquez  devant  l’autel un sarcophage mérovingien   . Si vos pas vous mènent un jour comme nous à cet endroit, n’oubliez surtout pas de profiter tranquillement de ce point de vue  exceptionnel sur la vallée de la Moselle et de la Moselotte  .

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Jeudi poésie

Durgalola  ( clic ) à la barre du bateau des croqueurs des mots pour la quinzaine nous propose pour ce jeudi poésie de parler du courage .

J’ai choisi un poème de Maurice Hervent  plus connu sous le nom de Paul Eluard, extrait du  recueil “l’honneur des poètes” publié par les éditions de minuit clandestines en 1943.

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Courage

*

Paris a froid, Paris a faim,

Paris de mange plus de marrons dans la rue ,

Paris a mis de vieux vêtements de vieille ,

Paris dort tout debout, sans air, dans le métro.

Plus de malheur est imposé aux pauvres

Et la sagesse et la folie

De Paris malheureux

C’est l’air pur, c’est le feu ,

C’est la beauté , c’est la bonté

De ses travailleurs affamés.

Ne crie pas au secours , Paris!

Tu es vivant d’une vie sans égale

Et derrière la nudité

De la pâleur, de la maigreur,

Tout ce qui est humain se révèle en tes yeux .

Paris ma belle ville,

Fine comme une aiguille, forte comme une épée,

Ingénue et savante,

Tu ne supportes pas l’injustice ,

Pour toi c’est le seul désordre .

Tu vas te libérer, Paris,

Paris tremblant comme une étoile ,

Notre espoir survivant ,

Tu vas te libérer de la fatigue et de la boue .

Frères , ayons du courage !

Nous qui ne sommes pas pas casqués

Ni bottés, ni gantés, ni bien élevés,

Un rayon s’allume en nos veines ,

Notre lumière nous revient .

Les meilleurs d’entre nous sont morts pour nous

Et voici que leur sang retrouve notre cœur

Et c’est de nouveau le matin, un matin de Paris ,

La pointe de la délivrance,

L’espace du printemps naissant .

La force idiote a le dessous .

Ces esclaves , nos ennemis,

S’ils ont compris

S’ils sont capables de comprendre ,

Vont se lever .