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croqueurs de mots

Jeudi poésie

Oyez oyez bravs gens de plume...

Martine, à la barre des croqueurs de mots ( clic ) pour cette quinzaine, nous propose pour ce jeudi poésie  le thème la bicyclette.

Mon destrier aime se poser le long des piliers

En  selle,  sur  ce  noble  destrier

à     vous    les    promenades   nature

Vous   découvrirez  les  nombreux   sentiers

Tranquillement    sans   forcer   l’allure  

*

En  ville, il  fait  aussi bonne figure

Loin des bouchons  il montre ses aptitudes 

Narguant souvent sur sa piste les voitures

Jalouses de  son  incroyable  quiétude    

*

En plein soleil ou au froid pas d’inquiétude

Le   vélo  se rit de  la  température

Il   trace sa route avec certitude

Vraiment  sur  tous  les  sols  il  assure

*

Et si bientôt plonge le mercure

Que  les arbres vite se dénudent

Gardez    le  tempo   pas    d’interlude

Il    suffit    que    les   jambes    carburent.

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jeudi poésie

Oyez oyez bravs gens de plume...

Pour le jeudi poésie des croqueurs de mots Jeanne Fadosi ( clic) à la barre nous propose comme fil conducteur la vue et la cécité, la lumière et l’obscurité. J’ai choisi un poème de Louise Ackerman .

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De la lumière

 

Mehr Licht ! mehr Licht !
(Dernières paroles de Gœthe.)

Quand le vieux Gœthe un jour cria : « De la lumière ! »
Contre l’obscurité luttant avec effort,
Ah ! Lui du moins déjà sentait sur sa paupière
Peser le voile de la mort.

Nous, pour le proférer ce même cri terrible,
Nous avons devancé les affres du trépas ;
Notre œil perçoit encore, oui ! Mais, supplice horrible !
C’est notre esprit qui ne voit pas.

Il tâtonne au hasard depuis des jours sans nombre,
A chaque pas qu’il fait forcé de s’arrêter ;
Et, bien loin de percer cet épais réseau d’ombre,
Il peut à peine l’écarter.

Parfois son désespoir confine à la démence.
Il s’agite, il s’égare au sein de l’Inconnu,
Tout prêt à se jeter, dans son angoisse immense,
Sur le premier flambeau venu.

La Foi lui tend le sien en lui disant : « J’éclaire !
Tu trouveras en moi la fin de tes tourments. »
Mais lui, la repoussant du geste avec colère,
A déjà répondu : « Tu mens ! »

« Ton prétendu flambeau n’a jamais sur la terre
Apporté qu’un surcroît d’ombre et de cécité ;
Mais réponds-nous d’abord : est-ce avec ton mystère
Que tu feras de la clarté ? »

La Science à son tour s’avance et nous appelle.
Ce ne sont entre nous que veilles et labeurs.
Eh bien ! Tous nos efforts à sa torche immortelle
N’ont arraché que les lueurs.

Sans doute elle a rendu nos ombres moins funèbres ;
Un peu de jour s’est fait où ses rayons portaient ;
Mais son pouvoir ne va qu’à chasser des ténèbres
Les fantômes qui les hantaient.

Et l’homme est là, devant une obscurité vide,
Sans guide désormais, et tout au désespoir
De n’avoir pu forcer, en sa poursuite avide,
L’Invisible à se laisser voir.

Rien ne le guérira du mal qui le possède ;
Dans son âme et son sang il est enraciné,
Et le rêve divin de la lumière obsède
A jamais cet aveugle-né.

Qu’on ne lui parle pas de quitter sa torture.
S’il en souffre, il en vit ; c’est là son élément ;
Et vous n’obtiendrez pas de cette créature
Qu’elle renonce à son tourment.

De la lumière donc ! Bien que ce mot n’exprime
Qu’un désir sans espoir qui va s’exaspérant.
A force d’être en vain poussé, ce cri sublime
Devient de plus en plus navrant.

Et, quand il s’éteindra, le vieux Soleil lui-même
Frissonnera d’horreur dans son obscurité,
En l’entendant sortir, comme un adieu suprême,
Des lèvres de l’Humanité.

Louise Ackermann, Poésies Philosophiques

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