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J’ai lu

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Quatrième de couverture :

On rit. C’est étonnant parce que, pris séparément, aucun d’entre eux ne pensait que la situation les pousserait à l’hilarité – or, de façon tout à fait inattendue, ils font contre mauvaise fortune bon cœur et les voilà qui s’esclaffent et qui se mettent à papoter, retrouvant les réflexes de cour de récréation, mais avec cet air de liberté unique qu’apporte avec lui l’Arbalète filant vers Paris.

1975. Tandis que le pays subit les effets du premier choc pétrolier, que les femmes revendiquent leurs droits et que la mixité s’impose dans les cours de récréation, rien ne semble devoir troubler le quotidien des familles d’instituteurs du groupe scolaire Denis-Diderot. À moins que le train du changement ne s’engouffre tout à coup dans les classes et les corps et ne redessine les frontières d’un monde très différent.

Jean-Philippe Blondel vit et enseigne à Troyes. Il est l’auteur de G229, Un hiver à Paris, 06H41… Romans publiés aux éditions Buchet/Chastel.

Je ne connaissais pas du tout cet auteur et là je dois dire que j’ai été vraiment conquise par cette radiographie  des années 70 au travers du corps enseignant et de leur famille.  Ayant moi – même vécu dans une maison où vivaient six familles d’instituteurs et institutrices, j’ai retrouvé dans cette bande de gamins un peu de mon enfance .  Concernant les adultes , j’ai bien connu aussi la compétition amicale des femmes autour de la pâtisserie, je vous assure que ce n’est pas une invention, c’était à qui ferait le meilleur gâteau , la meilleure tarte . 

Dans ce roman nous voyons se mettre en place,  à cette époque charnière  , les  changements de la société, de la famille,  de l’école en particulier de l’après mai 68 avec la remise en cause de l’ancienne pédagogie, l’importance de la place de l’élève dans la nouvelle et la mixité dans les classes, et aussi du passage de l’enfance à l’adolescence de ces enfants  . Les personnages de cette grande escapade sont remarquablement décrits , avec une tendresse toute particulière et aussi avec beaucoup d’humour . On ne peut que s’attacher à eux . Et je suis sure que tous ceux qui ont vécu ces années particulières seront enchantées par cette peinture  si vivante et si vraie de cette époque .

 

Extraits :

  • “Il règne entre toutes les femmes de France une sorte de compétition amicale pouvant virer à l’aigre autour de la pâtisserie. Les épouses ont appris de leurs mères que l’on ne garde un homme que par le sexe ou la cuisine et, l’âge et l’habitude aidant, elles se sont toutes tournées vers la confection de gâteaux plus ou moins compliqués qui, s’ils ont le défaut d’empâter encore leurs maris dont les ventres se mettent à gonfler autour de la quarantaine, ont du moins la vertu de les faire fondre mentalement– ils deviennent, à la fin du repas, de molles marionnettes faciles à manipuler……..Certaines se sont d’emblée extraites de ce concours tacite…..
    D’autres, en revanche, sont de redoutables adversaires, notamment Geneviève Coudrier dont le parfait aux fraises a conduit son époux à changer trois fois de taille de pantalon, au point que, ajoutent malicieusement ses concurrentes, il a maintenant atteint la même circonférence que sa femme, dont les chairs opulentes sont une véritable référence dans le quartier.”

 

  • “Le monde est en train de changer et il est contre-productif de s’arc-bouter sur ses anciennes croyances. Elles seront balayées comme les autres. Mai 68 a perdu le combat politique mais gagné la bataille culturelle : les idées de liberté et les envies de transgression se disséminent dans la société et, même si les hippies français semblent dernièrement s’effacer au profit d’une génération superficielle et clinquante qui ne vit que pour les samedis soir en discothèque, leur héritage restera ancré dans les différentes couches du pays.”

 

  • “Avec leurs bas couleur chair et leur maquillage discret, elles représentent ce que l’Éducation nationale produit de meilleur, institutrices dévouées, travailleuses acharnées, infatigables correctrices, passeuses de savoir, obéissant aux ordres de l’Inspection générale mais n’ayant pas hésité à se rebeller quelques années auparavant lors d’un mois de mai mémorable qui a vu le groupe scolaire se scinder en deux camps retranchés, que d’aucuns appelaient les Progressistes et les Réactionnaires tandis que les autres les nommaient la Chienlit et la Nation.”

 


J’ai lu

 

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Quatrième de couverture :

“ Je crois que quelqu’un est en train d’agir comme s’il se prenait pour Dieu”

Un appel au secours au milieu de la nuit .

Une vallée coupée du monde .

Une abbaye pleine de secrets.

Une forêt mystérieuse .

Une série de meurtres épouvantables.

Une population terrifiée qui veut se faire justice.

Un corbeau qui accuse.

Une communauté au bord du chaos .

*

Voilà tous les ingrédients qui vont émailler cette nouvelle enquête de Martin Servaz .

Nous retrouvons donc le flic fétiche de Bernard Minier qui nous emmène dans une petite vallée des Pyrénées coupée du monde. Tout commence quand Martin reçoit un appel au secours de Marianne, son ex -  compagne. Le voilà donc soudain confronté à son passé . Lancé à sa recherche il se retrouve dans un monastère au fond des bois . Pendant le même temps des crimes horribles sont à déplorer . Avec le gendarme Irène Ziegler il va tenter de  mettre fin à ces horreurs qui mettent la population au bord de l’implosion  . La tension en effet  est à son comble et le bouc émissaire tout trouvé , les autorités et les élites .

Bernard Minier ne se contente pas de nous dresser un portrait du bien contre le mal, il nous montre aussi une certaine image de la société actuelle .

Comme d’habitude,  l’auteur ne  laisse pas le lecteur reprendre son  souffle au gré de cette intrigue, il vit avec les personnages de ce huis clos et partage les émotions de ceux – ci. Un roman addictif comme “Glacé” le premier roman où Martin Servaz prend du service . Si vous n’avez pas lu les précédentes enquêtes, vous pouvez lire quand même ce roman , mais vous ressentirez certainement le besoin de vous plonger dans le passé de Martin .  

Extraits :

“ Pourquoi …vous ….faites….ça ?

Il leva les yeux , fixa la silhouette immobile.Mais peut – être s’agissait – il d’une hallucination ? Il suffisait d’une fièvre, d’une déshydratation, d’un oedème cérébral de haute altitude …ou d’une hypothermie : il grelottait.

Les alpinistes et les randonneurs évoquaient souvent la vision d’un personnage imaginaire, qui les avait un temps accompagnés . Comme celui qu’il avait devant les yeux. Mais le seau glacé qu’il reçut en pleine face n’avait rien d’un délire.”

“Toute cette sagesse millénaire. Que pesait-elle aujourd’hui ? Dans un monde où, d’un côté, on uniformisait l’opinion, on abolissait la vérité, on hygiénisait la pensée et où, de l’autre, on encourageait la haine et on laissait se produire les crimes les plus monstrueux, quelle place y avait-il encore pour une quelconque forme de sagesse et d’autonomie ? Que l’humanité fût devenue folle, il n’en doutait pas un instant. Que le Mal fût partout à l’oeuvre, et surtout chez ceux qui voulaient imposer aux autres leur vision du Bien, encore moins. Il était trop vieux, trop las pour ne pas voir que le combat était perdu. L’Occident était en route vers un nouvel âge des ténèbres. »

« Les foules aimaient les réponses simples. Les mots comme « justice », « liberté ». Les slogans. Elles préféraient l’irréel au réel, les croyances aux faits, la désobéissance à l’autorité, la colère à la raison, la simplification à la complexité. Les revendications d’une foule pouvaient être légitimes, avait expliqué le psychologue, et elles l’étaient souvent – mais les travaux de Le Bon, de Freud, de Festinger, de Zimbardo sur la psychologie des masses avaient établi que la plupart des individus présents dans une foule ont beau être des gens sensés, raisonnables, dès qu’on les plonge dans un collectif ils perdent non seulement leurs inhibitions, mais aussi leur sens commun, leur indépendance d’esprit et bien souvent leurs valeurs personnelles. En psychologie sociale, on appelait ça la désindividuation de groupe. La conséquence, avait ajouté le psychologue avec un sourire gourmand au-dessus de son noeud papillon, c’était que les foules aimaient le sang : les guillotines, les incendies, les lapidations, les lynchages, les destructions, les bouc émissaires… »