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J’ai lu

Voilà un bon moment que je ne vous ai pas parlé lecture , je rattrape aujourd’hui mon retard avec ces quatre propositions .

 

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La Rochelle, fin de l’année, Camille a disparu. Cette employée de banque sans histoire devait déjeuner chez ses parents, mais n’est jamais arrivée à bon port. Pour quelle raison a-t-elle pris sa voiture alors qu’elle habite à quelques minutes à pied ? Au fil des heures, puis des jours, cette absence devient de plus en plus inquiétante. Aurait-elle pris la fuite ?

Frédéric, son compagnon, enseignant et écrivain, va mener l’enquête, épaulé par le commandant de police Colin Tanguy. Tous deux découvriront que Camille cache bien des secrets. Pourquoi ? Qu’est-elle devenue ? De vieux démons l’auraient- ils rattrapée ?

Des ombres planent sur cette énigme, qui va coûter cher à ceux qui tentent de faire la lumière comme aux dissimulateurs. Et ne manquera pas de bouleverser le destin du petit Alexandre, le fils de Camille.

Ce roman entraîne le lecteur à la recherche d’un passé pesant, sur la piste d’un acte odieux et de terribles mensonges, de La Rochelle à Châtelaillon.

Une intrigue bien menée, des personnages attachants, on se laisse facilement entrainer dans cette enquête , un tres bon polar .

extrait

“ Quand je l’avais rencontrée , j’étais vite tombé amoureux de Camille . C’était un personnage à la fois conformiste _ probablement en raison de son éducation _ et tres original , voire fantasque .Elle avait déjà cette propension à adopter les modes et changeait d’avis tout le temps . Ces paradoxes m’enchantaient . Si je me moquais d’elle , Camille éclatait de rire . Elle se faisait appeler Edwige . Je lui racontais tout de ma vie, elle ne me disait rien ou presque de la sienne . Elle était expansive et en même temps , mystérieuse . J’aimais ça .”  

 

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L’est de l’empire allemand à la fin du XIX ème siècle . Olga est orpheline et vit chez sa grand – mère , dans un village coupé de toute modernité . Herber est le fils d’un riche industriel et habite la maison de maitre . Tandis qu’elle se bat pour devenir enseignante , lui rêve d’aventures et d’exploits pour a patrie . Amis d’enfance , puis amants ils vivent leur idylle malgré l’opposition de la famille d’Herbert . Quand il entreprend une expédition en Arctique , Olga reste toutefois sans nouvelles .

La première guerre éclate puis la deuxième .A la fin de sa vie Olga raconte son histoire à un jeune homme qui lui est proche comme un fils . Mais ce n’est que bien plus tard que celui – ci, lui même âgé , va découvrir la vérité sur cette femme d’apparence si modeste .

Un roman tout en sensibilité et délicatesse de la vie de cette femme qui a su dessiner son destin elle même , sans se marier et  dont l’amour  n’a jamais failli .

extraits

“Elle se blottit contre lui et il passa son bras autour d’elle."Que vas-tu chercher là-bas ?– Nous Allemands…– Non, pas nous Allemands. Que vas-tu chercher, toi ?"Il gardait le silence, et elle attendit. Tout à coup, le bruit du vent, le cheval qui s’ébrouait et le chant du rossignol lui semblèrent tristes. Comme s’il lui était signifié que sa vie serait attente et que l’attente n’aurait pas de but, pas de fin.”

“Je pensais savoir pourquoi Mlle Rinke aimait à parcourir les cimetières…Elle ne dialoguait pas avec ses morts, parmi ces tombes d’inconnus. Elle aimait les cimetières parce que là ils étaient tous égaux, les puissants et les faibles, les pauvres et les riches, les gens qui avaient été aimés et ceux dont personne ne s’était soucié, ceux qui avaient connu le succès et ceux qui avaient échoué. À cela le mausolée ou la statue d’ange ou l’imposant tombeau ne changeaient rien…”

 

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La vie d’Émilienne, c’est le Paradis. Cette ferme isolée, au bout d’un chemin sinueux. C’est là qu’elle élève seule, avec pour uniques ressources son courage et sa terre, ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. Les saisons se suivent, ils grandissent. Jusqu’à ce que l’adolescence arrive et, avec elle, le premier amour de Blanche, celui qui dévaste tout sur son passage. Il s’appelle Alexandre. Leur couple se forge. Mais la passion que Blanche voue au Paradis la domine tout entière, quand Alexandre, dévoré par son ambition, veut partir en ville, réussir. Alors leurs mondes se déchirent. Et vient la vengeance. Une bête au Paradis est le roman d’une lignée de femmes possédées par leur terre. Un huis clos fiévreux hanté par la folie, le désir et la liberté.

 

«  Faire mal », « protéger », « construire », «  surmonter », «  grandir » … «  venger », « surgir », « mordre », «  vivre »  un verbe signe le titre de chaque chapitre comme pour mieux nous parler des passions, des trahisons, des renoncements, de la vengeance  des  personnages de Cécile Coulon.

Une intrigue prenante et des portraits tant psychologiques que physiques particulièrement bien ciselés , une écriture fluide qui font que c’est un  roman que j’ai dévoré  .

extraits

“De chaque côté de la route qui serpente entre des champs d’un vert épais, un vert d’orage et d’herbe , des fleurs énormes, aux couleurs pâles ,aux tiges vacillantes , des fleurs poussent en toute saison. Elles bordent ce ruban de goudron jusqu’au chemin où un pieu de bois surmonté d’un écriteau indique : Vous êtes arrivés au Paradis .

En contrebas le chemin, troué de flaques brunes, débouche sur une large cour : un rectangle de terre battue aux angles légèrement arrondis, mangé par l’ivraie . La grange est strictement tenue .Devant,  un tracteur et une petite voiture bleue sont rangés là et nettoyés régulièrement . De l’autre côté de la cour, des poules , des oies, un coq et trois canards entrent et sortent d’un cabanon en longueur percé d’ouvertures basses. Du grain blond couvre le so. Le poulailler donne sur une pente raide bordée par un ru que l’été assèche chaque année. A l’horizon, les Bas Champs sont balayés par le vent, la surface du Sombre – Etang dans son renfoncement de fougères frissonne de hérons et de grenouilles .”

“"Très tôt, sa grand-mère lui avait expliqué que le corps des femmes était « une ville » et celui des hommes « un village ». Les formes des femmes changeaient sans cesse, évoluaient, se répandaient à la vue des autres, la peau se gonflait en certains lieux et se creusait ailleurs, tandis que le corps des hommes, passé l’adolescence, gardait son aspect et sa taille initiale. L’âge et l’alcool pouvaient l’arrondir, mais il ne se métamorphosait pas. " 

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Karen Holt est agent d’un service de renseignement très particulier.
Benjamin Horwood est un universitaire qui ne sait plus trop où il en est.
Elle enquête sur une spectaculaire série de vols d’objets historiques à travers le monde. Lui passe ses vacances en France sur les traces d’un amour perdu.
Lorsque le vénérable historien qui aidait Karen à traquer les voleurs hors norme meurt dans d’étranges circonstances, elle n’a pas d’autre choix que de recruter Ben, quitte à l’obliger.
Ce qu’ils vont vivre va les bouleverser.
Ce qu’ils vont découvrir va les fasciner.
Ce qu’ils vont affronter peut facilement les détruire…

Dans ce roman se mêlent l’humour décalé  et un voyage fascinant   à la recherche d’objets sacrés et ésotériques. A quoi peuvent servir tous ces objets anciens  menant à l’époque de la Mésopotamie ?

Les informations historiques et littéraires  nous font découvrir des pans de l’histoire de l’humanité fort intéressants. Un travail de recherches vraiment exceptionnel .

extraits

“ Certains individus ne comprendront jamais pourquoi jeter des détritus est mauvais pour la collectivité. Ils ne se soucient que de leurs petits intérêts et se moquent de celui d’une société dont ils bénéficient pourtant. Rien ne compte, hormis eux-mêmes. Beaucoup d’entre eux se croient plus malins, supérieurs. En face, d’autres préfèrent passer leur vie à se taper la corvée plutôt que de voir la rue disparaître sous un chaos d’immondices. C’est une question de nature. Vous êtes volontaire pour assumer, ou simplement bon à profiter. Vous vous montrez responsable ou pas.”

“La vérité des êtres se cache souvent au plus profond de leurs rêves. Leur clé se révèle lorsqu’ils peuvent enfin agir librement, comme s’ils accomplissaient au grand jour, mais paradoxalement sans aucun témoin et sans risquer la moindre conséquence. Dans cet espace intime, au creux des méandres de l’esprit, personne ne peut espionner ou juger, l’âge n’a plus court et le temps s’abolit. Affranchi des contraintes physiques et sociales, les songes sont le théâtre de ce qui compte vraiment : les vraies peurs et les vrais espoirs. Seul ce qui importe subsiste. N’entrent en scène que ceux qui y sont conviés, ne se déroule que ce qui est essentiel. Tel un démiurge absolu inconscient de son pouvoir démesuré, celui qui dort écrit sa vie en toute impunité dans une authenticité exempte de compromis. La nuit, les mensonges et la tiédeur n’existent pas. Les plus grands bonheurs et les pires des malheurs , si.”


J’ai lu

Soif

“ Pour éprouver la soif , il faut être vivant ” , inutile de vous dire que la brièveté de cette quatrième de couverture intrigue, mais dès que vous commencez à lire la première page du roman d’Amélie Nothomb ,  tout s’éclaire.

“ J’ai toujours su que l’on me condamnerait à mort .L’avantage de cette certitude c’est que je peux accorder mon attention à ce qui le mérite : les détails .

Je pensais que mon procès serait une parodie de justice. Il l’a été en effet , mais pas comme je l’avais cru. À la place de la formalité vite expédiée que j’avais imaginée , j’ai eu droit au grand jeu . Le procureur n’a rien laissé au hasard.

Les témoins à charge ont défilé les uns après les autres . Je n’en ai pas cru mes yeux quand j’ai vu arriver les mariés de Cana, mes premiers miraculés “

Comme vous l’avez compris , Amélie Nothomb va raconter dans ce roman les derniers jours de Jésus à la première personne . Toute petite elle se sentait déjà en connivence avec lui . “ Petite je voulais devenir Dieu . Très vite je compris que c’était trop demander et je mis un peu d’eau bénite dans mon vin de messe : je serais Jésus “ ( Stupeur et tremblements ) .

Bien sur l’histoire est archiconnue mais la façon dont l’auteure nous la présente est toute nouvelle . En effet, en insistant sur les détails  que ce roman développe, les derniers jours sont vus sous un tout autre éclairage. 

Que ce soit avec l’opinion des mariés de Cana sur le vin miraculeux,  la relation amoureuse avec Marie Madeleine, la mélodie de la voix de  Véronique, Simon de Cyrène qui aide à porter la croix, les détails  hors évangiles nous montrent chaque fois  l’importance que revêt le corps pour Jésus .

“ Avant l’incarnation , je n’avais pas de poids . Le paradoxe, c’est qu’il faut peser pour connaitre la légèreté . L’ébriété délivre de la pesanteur et donne l’impression que l’on va s’envoler.L’esprit ne vole pas , il se déplace sans obstacle , c’est très différent . Les oiseaux possèdent un corps, leur envol relève de la conquête..Je ne le répèterai jamais assez : avoir un corps , c’est ce qui peut arriver de mieux .”

L’incarnation y est   analysée de façon subtile dans cet espace temps qui offre un léger sursis à l’exécution . Pour la première fois , l’aspect humain du Christ prend le dessus sur son image habituelle se rapprochant plutôt de celle d’un ascète.

“ J’ai la conviction infalsifiable d’être le plus incarné des humains . Quand je m’allonge pour dormir ce simple abandon me procure un plaisir si grand que je dois m’empêcher de gémir . Manger le plus simple brouet m’arracherait des soupirs de volupté si je n’y mettais pas bon ordre. Il m’est déjà arrivé de pleurer de plaisir en respirant l’air du matin  “  

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Concernant la crucifixion il y a mépris du corps, c’est pourquoi l’auteure  pose alors la question de savoir comment ce mépris   est censé   racheter  les péchés de l’humanité et se conforter avec le  “aimez vous les uns les autres comme Dieu vous aime” . Elle questionne  cette haine du corps longtemps prônée par la tradition religieuse, notamment dans la glorification du martyre  .

Le regard que Jésus pose sur sa propre existence et sur l’humanité ne peut qu’être souligné , il est celui d’un sage plein de lucidité .

Comme vous l’avez compris , j’ai beaucoup aimé ce roman , je trouve que l’auteure a parfaitement réussi à éviter certains pièges et l’aspect philosophique de ses propos est un plus dans ce roman .

Quelques autres extraits :

“ Il n’y a pas d’art plus grand que celui de vivre “

“  L’amour universel est un acte de générosité qui suppose une lucidité douloureuse.”

“L’amour concentre la certitude et le doute : on est sûr d’être aimé autant qu’on en doute, non pas tour à tour, mais en une simultanéité déconcertante.”