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J’ai lu

 

PA150005 “Cher lecteur , n’oublie pas que, lorsque j’ai décrit de façon minutieuse et naturaliste l’existence d’un rat , c’est à toi que je pensais “

Roman d’une rare originalité , histoire envoûtante d’un destin cruel, un texte coups de poing puisé dans une enfance confrontée à l’enfermement et à la violence dans une Pologne meurtrie , qui sonne comme la métaphore d’une société à la dérive .

C’est un roman à sensation , âmes sensibles s’abstenir, certaines scènes sont plutôt gores mais elles reflètent  autant de tragédies et de drames que notre rat va traverser . Le parallèle est même fait par son auteur avec la mythologie puisqu’il nous explique dans la préface que ce qui attend  cet animal c’est tout aussi bien les expéditions d’Héracles, les malheurs d’Œdipe, les voyages d’Ulysse, une véritable  Odyssée. 

Ce livre n’est pas  qu’un descriptif sur la vie de cet animal , l’auteur d’ailleurs nous prévient que c’est aussi le récit des lois qui dominent la société , nos vérités nos mensonges , l’amour et l’espoir, la solitude et la nostalgie . Nous y voyons aussi toutes les dérives de la guerre qu’a connu l’auteur puisque celui – ci se terre, avec sa mère, en 1944 dans une cave pendant l’insurrection de Varsovie . Il  découvrira dès son plus âge la société des rats .

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« Je n’ai pas retenu grand-chose de ce lointain éveil de ma conscience, du temps où je ne savais même pas que j’étais un rat et où mon imagination, encore en sommeil, n’expliquait rien, ne pressentait rien.
Outre mon attirance vers la lumière, vers la moindre source de clarté transperçant mes paupières, je réagissais aux couinements aigus de ma mère. S’ajoutant à l’odeur des mamelles et à la chaleur rassurante, ils étaient là pour me guider, m’instruire, me contraindre.
Mon ouïe n’est pas encore formée, mes orifices auriculaires sont soudés et seule une toute petite partie des sons pénètre à l’intérieur. Pourtant, je distingue aussitôt le cri perçant de ma mère que j’associe à la chaleur et au goût délicieux du lait.
Ma peau, jusqu’à présent nue et rose, se couvre peu à peu d’un délicat duvet gris, je le sens, j’ai de plus en plus chaud. Désormais je ne crains plus de rester couché à découvert. »

“ Nous sommes persuadés que la civilisation que nous avons imposée au monde est la seule  et la plus parfaite, la première et la dernière. Cette foi aveugle est notre erreur quotidienne.”


J’ai lu

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“Les femmes sont souvent plus fortes que les hommes dans mes romans , même lorsqu’elles sont victimes des pires machinations .” Michel Bussi

_ “ Qu’est ce qui ne va pas Leyli ? Vous êtes jolie . Vous avez trois jolis enfants . Bamby, Alpha, Tidiane. Vous vous en êtes bien sortie .

_ Ce sont les apparences , tout ça . Du vent . Il nous manque l’essentiel. Je suis une mauvaise mère. Mes trois enfants sont condamnés Mon seul espoir est que l’un deux , l’un deux peut être échappe au sortilège.

Elle ferma les yeux . Il demanda encore :

_ Qui l’a lancé , ce sortilège ?

_ Vous, moi. La terre entière . Personne n’est innocent dans cette affaire “

Comme le dit la quatrième de couverture du désert sahélien  à la jungle urbaine marseillaise en quatre jours et trois nuits un suspense renversant et bouleversant .

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Un récit bouleversant de la condition des migrants, des pièges qui se referment sur eux avec les trahisons dont ils sont victimes ,  de leurs espoirs et de l’indifférence dans laquelle ils périssent .  Une géo – politique dont Michel Bussi maitrise toutes les ficelles  et qui donne à cet ouvrage un écho  tout particulier .

"L’occident croit que s’il ne se barricade pas, toute l’Afrique va débarquer chez lui. Quelle peur idiote ! L’immense majorité des populations veulent rester là où elle habitent, là où elles sont nées, avec leur famille et leurs amis, du moment qu’elles ont à peu près de quoi survivre. Elles s’en contentent. Il n’y a que quelques fous pour tenter l’aventure. Entre cent mille et deux cent mille migrants qui tentent de passer la Méditerranéenne chaque années, moins d’un Africain sur dix mille, et on parle d’invasion ?"

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Abel, enfant issu de la nature et du monde animal, est né en pleine guerre. Il est adopté par deux frères d’un autre pays qui lui enseignent la culture des mots. Dans sa quête d’identité, il se heurte à la brutalité des hommes sous toutes ses formes.
Son obscure naissance au cœur d’une forêt en pleine guerre civile a fait de lui un enfant sauvage qui ne connaît rien des conduites humaines. S’il découvre peu à peu leur complexité, à commencer par celle du langage, il garde toujours en lui un lien intime et pénétrant avec la nature et l’espèce animale, dont une corneille qui l’accompagne depuis l’origine. A la table des hommes tient autant du fabuleux que du réalisme le plus contemporain.
Comme Magnus, c’est un roman hanté par la violence prédatrice des hommes, et illuminé par la présence bienveillante d’un être qui échappe à toute assignation et de ce fait à toute soumission .

Un roman qui peut dérouter mais fascinant et qui frôle le fantastique.

_ “  Ils sont en placide accord avec la terre, ils font corps avec elle. La terre, la vie, leur chair, le sang qui circule en eux, la faim autant que la satiété, la course autant que les haltes de délassement, c’est tout un. Ils ne s’inquiètent pas du temps qui passe, ils ignorent ce qu’hier et demain signifient et portent de nostalgie, de soucis ou d’espoirs, ils habitent chaque instant en plénitude, les agréables comme les mauvais, et selon, ils réagissent, s’adaptent. Seul leur importe de rester saufs ; ils ne sont que brut et vigoureux désir de vivre qui oscille entre âpreté, effroi et volupté.

La vie parfois dispense des moments de si grande douceur. Ces moments-là, ils les goûtent avec ampleur et acuité, des frissons de bien-être leur parcourent l’échine, furtifs et légers comme ceux qui fluent dans les herbes et les feuillages sous les bouffées du vent.”

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Le 23 juillet 1961 est une nuit de représailles , une nuit où les chiens sont lâchés. On lui donnera plus tard le nom de “Nuit des paras”.  Pendant quelques heures , Metz sera à feu et à sang , barbare . Parceque depuis des mois le FLN s’y organise. Parceque les paras s’ennuient et ont besoin d’action. Parceque la guerre d’Algérie résonne ici et que français et arabes s’observent avec méfiance dans un climat de tension raciale constante . Et cette nuit là se joue le destin des anonymes sur lesquels Pierre Hanot a décidé de se pencher .Il y a des espoirs et des déveines , des potes de chambrée, des conversations à l’usine , des soirées au dancing …Des petits riens qui font ces vies de 1961, bouleversées cette nuit là par les coups de l’Histoire .

J’étais jeune à cette époque mais ces faits je les ai connus , cette tension raciale était bien perceptible  et dans la famille nous étions d’autant plus concernés que nous avons habité  dans cette rue Chambière  qui cette nuit là a vu l’explosion de la violence  . Un livre à lire  pour ne pas oublier ce pan de notre histoire , traité avec impartialité par Pierre Hanot , dans un style sec et rythmé où la haine comme une mécanique infernale s’enclenche de manière implacable  .

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“ Il y avait pour moi quelque chose d’incompréhensible et de fasciant chez cette fille, seule au milieu de la cou de récréation : elle me ressemblait mais elle ne souriait guère; elle avait les mêmes taches de rousseur mais les yeux plus ténébreux; elle ne misait pas des livres de prêtres engagés sur l’Evangile ( les lectures préférées de ma famille) mais des brûlots anarchistes appelant au soulèvement général ; elle ne voulait pas avoir l’air moderne en enfilant des pantalons mais portait une jupe, dégagée de tout mimétisme masculin . À part cela je ne savais rien d’elle, sauf pour avoir entendu, de loin, prononcer son prénom : Hélène “

Une adolescence provinciale dans la chaleur de 1976 : Benoit Duteurtre , en jeune gauchiste à cheveux longs , y découvre avec enthousiasme la musique, l’amour et la poésie .

Une époque que Benoit Duteurtre retranscrit à merveille avec cet amour platonique pour Hélène, la  naissance de sa sensibilité artistique exacerbée par leur rencontre  . Il  sait peindre  à merveille les paysages vosgiens dans ses descriptions et cette façon d’être en communion avec  la nature.  Ses références musicales , littéraires, picturales  nous rappellent bien des souvenirs .  J’aurais aimé avoir la même passion que lui pour la musique contemporaine dodécaphonique  à laquelle je n’ai jamais  adhéré, par contre quel plaisir de retrouver Debussy , Eric Satie dans ses écoutes ou dans ses partitions  .