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Quand François Morel parle de théâtre …

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Je voulais partager avec vous ce billet de François Morel  entendu sur France Inter le 18 décembre . Un très beau plaidoyer pour le théâtre .

 

 

Chacun a ses manies, chacun a son histoire.

La mienne comme d’autres est assez dérisoire :

J’aime aller me vêtir vers les huit heures du soir

En prince ou en mendiant devant un auditoire.

J’aime prendre l’habit de Tartuffe ou d’Alceste

De Ruy Blas ou d’Ubu. Je suis un palimpseste

Sur lequel sont inscrits des rôles qui s’effacent,

Dont il reste des bouts avec le temps qui passe.

J’aime aller me changer pour être un personnage

Devenir quelqu’un d’autre et vivre davantage.

J’aime aller m’affubler du nez de Cyrano,

Passer une rhingrave, une cape, un manteau.

Enfiler un costume et changer d’apparence,

Ça a moins d’intérêt en visioconférence.

Parce qu’en ce moment triste est mon quotidien

Si je ne peux pas jouer, je ne sers plus à rien

Alors que mon beau-frère et ça c’est pas logique

Il peut servir la messe en habits liturgiques.

Dans sa petite paroisse, il absout les péchés

En chasuble, en soutane, j’aurais dû faire curé !

Chacun a ses usages, chacun a ses rituels,

J’ai des défauts, c’est sûr, mais je suis très ponctuel :

A l’heure où l’employé a fini son service,

Jouissant de son foyer, moi je suis en coulisses.

Je récite mon texte une dernière fois,

Je mets du fond de teint et j’exerce ma voix,

Je salue des amis régisseurs, comédiens,

Valets de comédies, barbons ou musiciens,

Comiques, tragédiens, vedettes, figurants,

Tous en déséquilibre au bord du firmament .

Et j’attends le moment  avec espoir et crainte

Où la salle d’un coup sera enfin éteinte.

Et moi qui, dans la vie, suis un type banal,

Je soulève un public de façon colossale !

Mais depuis trop longtemps me voilà empêché

D’exercer mon art ou juste mon métier

Surtout qu’après souvent le spectacle fini

On boit quelques godets, enfin on se finit

Alors que mon cousin, le salaud, l’animal

Grâce à un rituel d’ordre pontifical

Au sein de sa paroisse et ça me désespère

Écluse les burettes, j’aurais du faire vicaire !

On ouvre les mosquées, les temples, les églises,

Les synagogues aussi, il faut que je te dise

Les théâtres, vois-tu, comme des sanctuaires

Réunissent parfois  des volontés contraires.

Certains croient dans le ciel et d’autres n’y croient pas

On ne demande rien et chacun fait son choix.

Note bien que tous ceux qui en Dieu ne croient pas

Recherchent des réponses, rêvent d’un au-delà.

A l’orchestre, au balcon, assis dans leurs fauteuils,

Sans se mettre à genoux, ils prient et se recueillent.

Car vois-tu, un théâtre est un geste barrière

Contre les fanatiques et tous les  mortifères.

Le théâtre combat les superstitions.

Un théâtre fermé est une aberration.

Je ne peux pas jouer et j’en suis malheureux,

J’ai besoin de la scène éclairée de ses feux.

J’ai besoin du public et de l’entendre rire,

Et le sentir ému et pleurer et frémir

Alors que mon papa, qu’est pas un méchant mec,

Rassemble ses fidèles, j’aurais dû faire évêque !


mot mystère

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Le mot mystère à trouver : accointances : terme péjoratif, relation liaison avec d’autres personnes.

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Je tenais à partager avec vous le billet de vendredi dernier de François Morel sur France Inter  suite aux actes inqualifiables dont sont victimes les chevaux et autres équidés . (Pour l’écouter un clic sur la photo) . Pour une fois  il énonçait sans humour  mais toujours avec cet accent poétique remarquable, les nombreux services que cet animal a rendu à l’homme .  Ce “ voilà comment on te remercie le cheval” sonne  le glas de cette relation privilégiée . Comme si d’un seul coup  les accointances avec l’ignominie et le mal  prenaient le pas sur  toute humanité .

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Voilà comment on te remercie le cheval

Toi qui depuis des millénaires a été le meilleur auxiliaire de l’homme. Toi qui as été son fidèle adjoint, son compagnon, son plus proche associé. Toi qui l’as aidé, assisté, soutenu. Toi qui l’as servi. Toi qui as donné de ta personne en demandant si peu en échange. Toi qui l’as fait voyager, toi qui lui a permis de se relier avec les autres hommes, qui grâce à toi pouvaient communiquer, s’envoyer des dépêches, des correspondances… parfois des mots d’amour.

Voilà comment on te remercie le cheval

Toi qui en avais souvent plein le dos, mais avançait quand même. Toi qui as labouré, tiré la charrue, toi qui as fit la guerre, traversant la misère, le froid, la neige dans des combats qui n’étaient pas les tiens, dans des guerres perdues d’avance puisque tu n’avais jamais rien à y gagner.

Toi qui n’as jamais ménagé tes efforts, toi qui as accepté – courbant l’échine – d’être de trait, d’attelage, de selle, de course.

Voilà comment on te remercie le cheval.

Toi qui as tenté de rendre l’Homme meilleur, l’a fait chevalier. Toi qui t’es fatigué à le distraire, à le divertir, à Auteuil, Longchamp, Enghien, le faire parier, miser… rêver. Toi, pourtant capable de dormir debout, toujours aux aguets, d’un sommeil sans rêve. Toi qui as fait l’admiration de tous, sur les hippodromes, et sous les chapiteaux, sur la piste.
Je me répète : toi qui as tenté de rendre l’Homme meilleur. Si souvent enclin à être cavalier, cavaleur, le faisant… chevaleresque.

Voilà comment on te remercie le cheval.

Toi qui, par délicatesse, sur les chemins de terre, perdais parfois un fer, histoire de nous porter chance, de nous redonner espoir.

Voilà comment on te remercie le cheval.

Et tu vas voir que mes quelques mots de sympathie et de reconnaissance vis-à-vis de toi seront critiqués par des abrutis, qui me reprocheront de parler de la douleur des chevaux au lieu de parler de celle des enfants du monde entier, comme si le cœur devait faire le tri parmi les enfants martyrisés, les vieillards battus, les animaux torturés. Alors que l’horreur de supplicier les faibles devrait alerter chacun, dans tous les cas, sans avoir besoin de passer un concours de l’ignominie. Sans tenter de revendiquer la meilleure place sur le podium, dans une compétition concurrentielle de sentiments compassionnels.

Voilà comment on te remercie le cheval.

Petit cheval dans le mauvais temps, aux mâchoires coupées, aux flancs lacérés, aux organes génitaux mutilés. Faut-il qu’il soit mauvais le temps pour s’en prendre à toi cheval, tous derrière et toi devant, tout seul, face à l’homme, qui s’éloignant de son passé de chevalier semble avoir une fâcheuse tendance à perdre son humanité. “

François Morel

Le vibrant plaidoyer de François Morel pour défendre les chevaux