Ici l'oeil et l'oreille restent disponibles

Articles tagués “homme

Jeudi poésie

Martine ( clic)  à la barre du bateau des croqueurs de mots nous demande  pour le 15 octobre :

un poème ou chanson d’amour d’une femme à un homme.

 

La lumière revient toujours - Copie

 

Je vous propose  cette belle déclaration d’Anne Sylvestre.

 

Chanson d’amour à l’envers

*

Je t’aime pour tout c’ que tu n’es pas {x2}
Un ange de douceur
Un risque-tout qu’a jamais peur
Une pendule qu’est toujours à l’heure
Dis-moi c’ que je ferais de ça
Une bouche cousue
Un misanthrope moustachu
Une salle des pas perdus
J’ préfère ce que tu es pour moi
*

Un oiseau sur ma branche
Un renardeau dans mon terrier
L’as de cœur dans ma manche
Un grain de sel dans mon café
Pour mieux me réveiller
*

Je t’aime pour tout c’ que tu n’es pas {x2}
Un long fleuve tranquille
Un petit pied-à-terre en ville
Une infirmière à domicile
Dis-moi c’ que je ferais de ça
Un contrat d’assurances
Un bungalow pour mes vacances
Un résultat connu d’avance
*

J’ préfère ce que tu es pour moi
Un oiseau sur ma branche
Un renardeau dans mon terrier
L’as de cœur dans ma manche
Un petit clou dans mon soulier
Pour ne pas t’oublier
*

Je t’aime pour tout c’ que tu n’es pas {x2}
Une nuit sous la tente

Une infusion de tilleul-menthe
Une visite au Jardin des Plantes
Dis-moi c’ que je ferais de ça
L’idée de la semaine
Un magasin de porcelaines
Une prison munie de chaînes
J’ préfère ce que tu es pour moi
*

Un oiseau sur ma branche
Un renardeau dans mon terrier
L’as de cœur dans ma manche
Une souris dans mon grenier
Pour tout me mélanger
*

Je t’aime pour tout c’ que tu n’es pas {x2}
Un fauteuil pour la sieste
Une doublure pour ma veste
Le dernier verre qui me reste
Dis-moi c’ que je ferais de ça
Une sale habitude
Un remède à la solitude
Un monstre de béatitude
J’ préfère ce que tu es pour moi
*

Un oiseau sur ma branche
Un renardeau dans mon terrier
L’as de cœur dans ma manche
Un bégonia dans l’escalier
Pour me faire trébucher
*

Je t’aime pour tout c’ que tu n’es pas
Je t’aime pour tout c’ que tu seras

 


Défi 240 des croqueurs de mots

Martine à la barre du bateau des croqueurs nous dit :

Qui ne s’est pas un jour demandé et si j’étais du sexe opposé comment réagirais-je, que ferais-je ? Certains d’entre vous même ont peut être souhaité changer de sexe "ah si j’étais un homme" comme chante si bien Diane Tell ou comme Stéphane Rousseau qui la parodie dans "moi si j’étais une femme" (vidéo ci-dessous")

Imaginez vous 24 heures dans la peau d’une personne du sexe opposé, racontez moi votre journée et votre nuit.

********

WP_000051

Homme , femme, effet miroir ?

Cinq  heures du matin,  comme d’habitude  ma vessie n’en peut plus et je m’extirpe de la couette . L’esprit embrumé par des rêves un peu fous , je me dirige vers les toilettes . Jusque là  pas de souci, maitrisant parfaitement le trajet dans le noir , je continue ma nuit en pointillé  en marchant . Arrivée à destination , une faible lumière filtrant sous la porte – fenêtre éclaire  mes pieds. Je n’en crois pas mes yeux ,  ceux – ci  sont incroyablement grands , un bon 45 de pointure.  Et des poils en veux – tu en voilà sur les orteils . Nom d’un petit bonhomme , c’est du grand n’importe quoi . Je me frotte les paupières , allume la lumière et là , whaouh , quelque chose d’inhabituel a pris place dans mon pyjama . Ma petite, il est temps que tu te réveilles , file dans la salle de bains, prends une douche, débrouille toi comme tu veux , mais  efface ce délire . Aussitôt pensé aussitôt fait . Eh bien non ,  là il faut se rendre à l’évidence , l’image que renvoie le miroir est bien celle d’un homme .

Tellement perturbée par les évènements, j’en ai oublié les exigences de ma vessie et fonce de nouveau  aux toilettes .  Ah  !  c’est maintenant que la situation se corse,  il va falloir maitriser la chose.  Totale improvisation   en position debout,  mais bon la bête doit se dompter, il n’y a pas de raison. Première tentative,  la cata ,  un geyser impossible à  contenir . Il aurait fallu un entrainement à l’extérieur au préalable. Quand je pense que  j’ai toujours envié cette pose lors des arrêts pipi  des trajets vacances qui n’oblige pas à se cacher au fin fond de la broussaille ! Au bout du troisième essai,  la prise en main est enfin effective et la serpillère n’est plus nécessaire .

Impossible de fermer l’œil , autant en profiter pour  faire le tour du propriétaire de ce nouveau corps . Visiblement  les muscles sont au rendez – vous, fermeté des biceps, des jambiers, des quadriceps , il va falloir en profiter , je suis sure que mon destrier va être ravi de pousser un peu plus loin les sorties .  Petit bidon naissant quand même , les abdos laissent à désirer . Mais arrête donc de penser en femme, tu sais bien que chez un homme  ce n’est pas un problème . 

Incroyable , j’ai la poitrine d’un yéti , euh ! ça se rase ça ?  De toute façon il faut que je passe un rasoir sur ma barbe naissante , alors autant pratiquer une tonte intégrale . Arf !encore obnubilée par le moindre  poil,  décidément j’ai du mal à lâcher mes anciens réflexes . Bon c’est décidé je ne fais que le visage, je ne suis pas sensée sortir dans le plus simple appareil . Là, il va falloir se méfier des rasoirs retors, au dérapage incontrôlé.  le flex 3 machin chose devrait faire l’affaire. Gestes souples et perpendiculairement à l’épiderme qu’il disait, dans le sens du poil. Eh flute ! j’ai oublié de passer la mousse à raser , ça tire un maximum et je ressemble à une écrevisse . Pas si évident l’exercice mais après quelques jours d’entrainement , ce ne sera qu’une simple formalité . Mais qu’est ce que je raconte moi, quelques jours , je veux bien tester pour 24 heures cette nouvelle enveloppe mais pas plus, je risquerais peut être de m’y habituer .

La chienne s’ébroue et s’immobilise  devant la porte d’entrée  , il est grand temps de faire le premier pas en extérieur.  Visiblement elle ne trouve rien à redire à ma nouvelle condition. Ouf ! voilà qui me rassure. Mais  juste ciel ! il est presque sept heures ! faites que je ne rencontre aucun voisin , ils pourraient se méprendre sur cette présence masculine alors que ma moitié est absente . En vitesse,  j’enfile une culotte. Oups !  branle bas de combat à l’intérieur , l’engin ayant de fâcheuses tendances à jouer les filles de l’air . Je me précipite sur les slips laissés par mon mari dans le dressing . Ah c’est quand même plus confortable .  Pour le jean , j’ai recours au même procédé car le mien  s’avère d’emblée trop petit , j’ai dû grandir en changeant de sexe  . Les chaussures , évidemment pas question de prendre mes mocassins ,  je n’ai nullement l’ intention de recourir aux bandes  pour raccourcir mes pieds , je me demande encore comment on pouvait imposer ce supplice à ces pauvres femmes . Je prends donc les boots à scratch de ma moitié .

J’ouvre la porte d’entrée , l’oreille aux aguets , un coup d’œil en haut , un autre en bas des escaliers .  Personne.  Je fonce  , la chienne dans les bras, il vaut mieux ne pas lui laisser tout le loisir de s’éterniser sur chaque marche .

Dehors la pénombre est encore bien présente  dans le parc, mais  la peur que j’éprouve occasionnellement pour cette première sortie  cède la place à une certaine assurance , celle que me procure ma nouvelle apparence .  Sur le retour de la promenade , quelques propriétaires canins  me saluent. Bien entendu je réponds d’un signe de tête mais ne m’attarde pas . Je surprends leur regards intrigués . Il est vrai que dans ce quartier tous me connaissent plus ou moins ainsi que ma chienne , ils doivent bien se demander où je suis passée.

Une fois rentrée je décide de  tester  mon endurance, histoire de vérifier si la testostérone  amène un plus dans la condition physique . Point de jogging, je ne suis pas sure  que mes chevilles ne me jouent pas les mêmes tours que d’habitude . Non, une belle escapade  à vélo fera l’affaire .  C’est génial, j’ai l’impression   de rechercher nettement moins mon souffle, j’avance plus vite à chaque coup de pédale . Je me surprends à grimper la passerelle sans avoir besoin de me mettre en danseuse. Sur le trajet d’autres cyclistes me font un signe de connivence, comme si j’intégrais  un clan jusque là interdit .

Midi, il est grand temps de  manger, d’autant plus que j’ai une faim de loup après cette échappée sur la véloroute . Personne à mon arrivée, je n’aurai donc pas à expliquer  ma présence  dans le garage avec ce vélo.  Et si j’allais au restaurant . Bonne idée ! j’ai une envie de frites, profitons-en,pas de chasse aux calories aujourd’hui . Ma conscience tu la mets en sourdine puisque je te dis que nous n’avons pas le même métabolisme, je peux  en tant qu’homme me permettre quelques écarts. 

Après un tour d’horizon des vêtements disponibles , mon choix se porte sur une tenue décontractée : chemise et jean avec veste ad hoc . Ma main cherche désespérément les boutons à gauche , mais où sont ils  ces fichus boutons ? je n’arrive pas à fermer cette satanée chemise . Bon sang, mais c’est bien sûr !  j’ oubliais  que le boutonnage est à droite pour les hommes.

Le restaurant est  tout proche de mon domicile . Accueil chaleureux du restaurateur qui s’enquiert du  menu  choisi .  Pour une fois je m’autorise même un petit apéritif  . Je manque quand même de m’étouffer avec un amuse-gueule quand le patron  me dit que j’ai un sosie féminin . Il vaut mieux que j’évite de ressortir la chienne en passant devant le restaurant tout à l’heure …

J’irais bien faire un petit billard en ville . Je me sens nettement plus à l’aise  depuis cette transformation, jamais je n’aurais osé franchir le pas  avant, trop peur de me ridiculiser devant des garçons maitrisant le sujet à fond . Sur place je trouve de suite une équipe avec laquelle engager la partie . Je ne sais pas, mais j’ai l’impression que j’ai une vision plus spatiale des choses , comme si mon esprit anticipait déjà les effets à produire . Pas de doute, j’y arrive nettement mieux et je surprends même certains regards féminins très encourageants . 

Le courant passe très bien avec les membres du groupe aussi  me proposent – ils   de terminer la journée par une partie de bowling .  C’est fou  quand même de se sentir ainsi portée par le clan, une sensation tout à fait nouvelle pour moi .  Mais de là à pousser cet avantage pour entamer un plan drague et connaitre les sensations masculines  de son aboutissement, je sens que je ne suis pas encore prête , même si certains me disent que j’ai un gros ticket avec la petite blonde de la piste 12 .

Un peu grisée par cette ambiance et les deux bières englouties  pendant la  partie , j’ai besoin de  prendre   l’air.  Des les premiers pas , une drôle de sensation m’étreint,  me forçant à m’assoir dans la voiture toute proche . Je plonge de suite dans une sorte de spirale qui m’engloutit, provoquant une perte de conscience instantanée . Heureusement que je n’étais pas entrain de rouler . Quand j’émerge de cet état second , j’ai récupéré mon enveloppe féminine , je flotte dans mes vêtements et mes chaussures . Je me garde bien de prendre le volant et appelle de suite un taxi .

Ai – je vraiment vécu  toutes ces heures dans la peau d’un homme ou bien ai – je vraiment  rêvé  tout ce que je viens d’expérimenter ?  Mystère ! j’en suis encore à me le demander  …