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Le tableau du samedi

Le tableau du samedi

Pour le tableau du samedi un clic sur le logo . Fardoise nous propose avec Cendrine de musarder dans la nature ou se promener en bord de mer , marcher dans le sable.

J’ai choisi pour ce samedi de musarder dans la nature.

Je vous propose donc une œuvre de JULES BASTIEN – LEPAGE “ le père Jacques “

BASTIEN-LEPAGE J. 28

Un tableau qui allie le travail dans les forêts meusiennes de son enfance , avec le ramassage du bois par cet homme et l’insouciance de l’enfance grâce à cette fillette qui cueille des fleurs en traversant le sous bois .

Damvillers (55) 1848 – Paris (17e) 1884

Peintre, graveur en taille-douce et sculpteur

Fils d’un propriétaire terrien ; frère d’Emile BASTIEN – LEPAGE*.

Ses parents, nés à Damvillers et à Verdun, eurent également deux filles mortes en bas âge.

Son père qui dessinait un peu et sculptait le bois à ses moments perdus suscita sans doute le goût précoce de Jules pour le dessin. Celui-ci étudia au collège de Verdun où il eut pour premier maître Théodore FOUQUET* et se lia avec le futur peintre d’origine meusienne Raphaël COLLIN. Après son baccalauréat en 1867, il passa avec succès le concours des Postes et fut nommé à Paris comme surnuméraire. Après un échec au concours d’entrée aux Beaux-Arts, il s’inscrivit aux cours du soir de cette école. Dès l’année suivante, il démissionna de son emploi et fut reçu en octobre premier au concours des places à l’Ecole des beaux-arts. Soutenu par une aide financière du conseil général de la Meuse à partir de 1868, il y fréquenta l’atelier d’Alexandre CABANEL et fut admis dans la classe de dessin de la rue de l’Ecole-de-Médecine (future Ecole nationale des Arts décoratifs). Il débuta au Salon en 1870, associant le nom de sa mère à son patronyme. Mais la guerre interrompit son activité : exempté de service militaire, il s’engagea dans la garde nationale puis dans une compagnie de francs-tireurs commandée par le peintre Charles CASTELLANI. Blessé et son atelier parisien ayant été détruit, il revint dans sa famille pour une longue convalescence durant laquelle il peignit surtout des portraits.

Définitivement installé dans la capitale en 1872, BASTIEN – LEPAGE exposa régulièrement au Salon de 1873 à sa mort. Après deux échecs au premier Prix de Rome en 1875 (où il obtint le 1er second grand prix) et en 1876, il se spécialisa dans les sujets champêtres tout en poursuivant une carrière de portraitiste renommé (Sarah Bernhardt et le prince de Galles la même année 1879 !). Outre ses portraits de personnalités, il nous touche aujourd’hui encore par d’intéressantes figures campagnardes de sa Meuse natale ou par les types urbains qu’il peignit surtout lors de ses quatre séjours à Londres entre 1879 et 1882. Il se rendit également à Venise, via la Suisse, en 1881 et 1882 et fit l’année suivante un séjour en Bretagne (Concarneau) et en Normandie. Au printemps 1884, son dernier voyage le mena en Algérie où il espérait atténuer ses problèmes de santé. Il connut durant ses dernières années une tendre relation avec l’artiste russe Marie BASKIRTZEFF qui mourut six semaines avant lui. Elle allait avoir vingt-six ans.

Mort prématurément d’un cancer et resté célibataire, il eut une carrière aussi brève que brillante et obtint plusieurs médailles : de 3e classe au Salon de 1874, de 2e classe à celui de l’année suivante, de 3e classe à l’Exposition universelle de 1878. Décoré de la Légion d’honneur l’année suivante, il reçut en 1883 un diplôme d’honneur à l’Exposition coloniale internationale d’Amsterdam et fut nommé la même année chevalier de l’Ordre de Léopold de Belgique. Membre du jury du Salon en 1882, il fut un des membres fondateurs de la Société internationale de Peinture et de Sculpture et participa à ses deux premières expositions en 1883 et 1884, galerie Georges Petit, rue de Sèze à Paris, où il avait pris part en 1882 à l’Exposition internationale des peintres français et étrangers. En janvier 1883, il participa avec son frère à l’organisation des funérailles de Gambetta dont il brossa un portrait sur son lit de mort (cinq études peintes se trouvent au M. Carnavalet, à Paris). Il devint cette année-là membre de la Société d’aquarellistes français et participa à leur cinquième exposition.

Plusieurs hommages posthumes lui furent rendus en 1885 : exposition personnelle à L’Ecole des beaux-arts (hôtel de Chimay) ; vente de ses œuvres à la galerie Georges Petit ; participation à l’Exposition universelle d’Anvers. A Paris, ses œuvres furent présentées aux expositions centennales de 1889 et de 1900. Depuis, d’importantes rétrospectives lui ont été consacrées :

– 1939 : « Exposition rétrospective Bastien-Lepage, Louise Breslau, Marie Bashkirtseff » au Musée Jules Chéret de Nice

– 1984 : « Hommage à Jules Bastien-Lepage » au Musée de la Princerie de Verdun, puis au Musée de la Citadelle de Montmédy

– 2007 : « Jules Bastien-Lepage » au Musée d’Orsay à Paris, puis au Centre mondial de la Paix de Verdun

La ville de Montmédy installa un musée Bastien-Lepage dans son hôtel de ville en 1905, musée qui fut transféré dans la citadelle en 1983. RODIN sculpta en son honneur une statue qui fut inaugurée à Damvillers en 1889 (une petite maquette en bronze est conservée au Musée Rodin, à Paris). Le monument qui se trouve à l’arrière a été érigé selon les plans de son frère Emile. Celui-ci rédigea une esquisse manuscrite de catalogue raisonné, document acquis par le musée de Montmédy. C’est aussi lui qui aménagea à Damvillers le parc « Les Rainettes » dans le verger que Jules avait acquis et qui lui servait d’atelier de plein air.

Bien qu’il passât régulièrement une partie de l’année dans son village natal où il peignait tout en satisfaisant son goût pour la promenade et la chasse, il eut apparemment peu de contacts avec la vie artistique lorraine. Il devint en 1880 membre correspondant de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Bar-le-Duc et ne participa qu’une seule fois de son vivant, en 1882, au Salon de Nancy qui présenta en 1886, à titre posthume son Repas du petit Savoyard. En 1891, deux de ses études figuraient à l’exposition des Beaux-Arts du Concours régional de Bar-le-Duc. Ami de l’écrivain André Theuriet qui était meusien par sa mère et qu’il avait rencontré au Salon de 1874, il fonda avec lui à Paris une réunion d’Alsaciens-Lorrains, « le Dîner de l’Est », dont il était l’un des animateurs.

J. BASTIEN – LEPAGE eut le mérite de réussir une synthèse de l’art naturaliste officiel et de la peinture claire influencée par MANET et les impressionnistes. Cette double filiation est nettement sensible dans ses scènes champêtres, caractérisées par l’opposition entre le réalisme minutieux des personnages, qu’il peignait parfois d’après photographie, et la facture plus libre du décor naturel.

Philippe BURTY ne goûta guère sa Jeanne d’Arc écoutant les voix du Salon de 1880, critiquant aussi bien la forme le fait que la jeune Lorraine ait « les apparences d’une folle ». ZOLA, qui appréciait l’artiste, le qualifia de « petit-fils de Courbet et de Millet » et, tout en émettant des réserves sur la Jeanne d’Arc, lui rendit ainsi hommage : « Quoi qu’il en soit, M. Bastien-Lepage s’est dérobé aux recettes de M. Cabanel pour se donner amoureusement à l’étude da la nature. » (1880)

Ses scènes de genre, exclusivement consacrées aux classes les plus pauvres, constituent la partie la plus remarquable de son œuvre. Théodore VÉRON commente ainsi Le père Jacques du Salon de 1882 : « Ce type, d’une vérité écrasante, est un tour de force de ce grand peintre original, doué de la plus riche personnalité ».

Ses portraits – des personnes les plus humbles aux personnalités les plus prestigieuses – lui valurent des louanges unanimes. « Ce qui rend Bastien d’une force sans égale aujourd’hui, c’est l’exécution méticuleuse, forte, vivante, extraordinaire de ses figures humaines. » Marie BASHKIRTSEFF (1883)

Il pratiqua aussi la gravure qu’il apprit auprès de Léopold FLAMENG (eau-forte, pointe sèche) et accessoirement la sculpture.

Bien que sa gloire se soit estompée au début du XXe siècle, il eut un rayonnement qui dépassa largement les frontières de l’hexagone. Il influença notamment Emile FRIANT* et Marie BASHKIRTSEFF (née en 1858, morte à 26 ans quelques semaines avant lui et à qui il fut lié par une amitié amoureuse), mais aussi le Belge Evariste CARPENTIER (né en 1845), les Anglais George CLAUSEN (né en 1852), Edward STOTT (né en 1855) et Henry LA THANGUE (né en 1859), l’Irlandais Stanhope FORBES (né en 1857), le Finlandais Albert EDELFELT (né en 1854) ou l’Américain Thomas Alexander HARRISON (né en 1853) qui travailla à Pont-Aven avant de s’établir à Concarneau où il reçut la visite de BASTIEN – LEPAGE en 1883 et 1884.

A partir de 1878, ses œuvres furent exposées à Londres avant de connaître un succès constant aux Etats-Unis, en particulier dans les ventes les plus prestigieuses.