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Articles tagués “Michel Bussi

J’ai lu

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Au coeur des Marquises,l’archipel l plus isolé du monde , où planent les âmes de Brel et Gauguin , cinq lectrices participent à un atelier d’écriture animé par un célèbre auteur de best – sellers.

Le rêve de leur vie serait – il, pour chacune d’entre elles , à portée de main ?

Au plus profond de la forêt tropicale, d’étranges statues veillent, l’ombre d’un tatoueur rôde.

Et plein soleil dans les eaux bleues du Pacifique, une disparition transforme le séjour en jeu … meurtrier ?

Enfer ou paradis ? Hiva Oa devient le théâtre de tous les soupçons , de toutes les manipulations, où chacun peut mentir..et mourir.

Yann, flic déboussolé , et Maïma ado futée , trouveront – ils lequel des hôtes de la pension “Au soleil redouté” est venu pour tuer ?

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Encore une fois Michel Bussi s’amuse avec ce huis clos à ciel ouvert à nous balader dans son intrigue .  À la manière des dix petits nègres d’Agatha Christie , l’auteur s’amuse à nous mettre sur une piste pour aussitôt nous en faire entrevoir une autre avec les évènements qui s’enchainent. Cette fois – ci c’est dans un cadre idyllique qu’il nous emmène , nous découvrons avec plaisir les tikies, la gastronomie , les appellations particulières  de  ce lieu paradisiaque . Si vous n’êtes jamais allée dans  cet archipel , pas de souci vous  y plongerez allègrement et vous vous laisserez complètement imprégner par le mana de ces îles .

 

“Ecoute-moi bien, Maïma, on appelle cet archipel la terre des hommes, Fenua Enata, mais on a tort. Ici les femmes règlent leurs affaires seules. Ne l’oublie jamais ! Ne laisse jamais aucun homme te voler ta vie. Nous sommes des princesses, Maïma. Nous sommes des reines. Nous sommes les Marquises !”

“ Vous savez ce qu’écrivait Melville ?
Elle laisse le temps que sa question fasse son petit effet. Avant de continuer.
– Herman Melville a écrit son premier best-seller aux Marquises. Le seul de son vivant, d’ailleurs. "Taïpi". Il disait que le véritable cannibale, c’est l’île, pas ses habitants, parce qu’elle dévore votre âme. Alors vous allez méditer là-dessus, les filles. Et me pondre un best-seller à me faire passer Jack London, Stevenson, et Pierre Loti pour des chroniqueurs de Lonely Planet. Un écrivain qui joue à cache-cache, un tueur géronticide en liberté sur l’île, ne venez pas me dire que vous n’êtes pas gâtées. “

“ Ils parlent de la mort, comme tu parles d’un fruit
Ils regardent la mer, comme tu regardes un puits
Les femmes sont lascives, au soleil redouté
Et s’il n’y a pas d’hiver, cela n’est pas l’été”

Jacques Brel, Les Marquises

 

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Dans un monde qui ressemble à ce que sera bientôt le nôtre, un quadragénaire essaie de survivre. Il remonte une avenue du président Bush. Son chien s’appelle Sarko. La monnaie qu’il utilise est l’eurodollar.

La ville , plombée par une pollution folle, est le territoire des cyclistes et des piétons écolos. Dans la rue, l’homme n’ose plus sourire aux enfants, les vrais maîtres, de peur d’être pris pour un pervers. Au bureau, il se cache aux toilettes pour fumer une cigarette prohibée.

Aux prises avec cet univers, l’individu se révolte à sa manière, dérisoire. Il n’y résistera pas .

La fable dans la lignée de Swift ou de Kafka , humour compris, prend la défense d’une créature menacée, l’homme . Au moindre faux pas, le voilà devenu un monstre, chargé d’expier plusieurs siècles de péchés .

Les thèmes abordés dans cet ouvrage sont sensiblement les mêmes que dans “l’ordinateur du paradis” dont je vous ai déjà parlé . Je retrouve avec grand plaisir cet humour grinçant qui caractérise cet auteur .   Que ce soit au niveau du tabac  ou au niveau de l’emprise des enfants sur la vie quotidienne , la société décrite oublie le moindre bon sens . L’imbroglio qu’entraine la demande du condamné pour une cigarette en est la preuve parfaite . On rit c’est sur en lisant ce roman , mais parfois  on rit jaune  car même si le trait est fortement souligné, tel une caricature ,  la tyrannie des enfants est  extrêmement dérangeante  car se profile dans notre société actuelle quelque  ressemblance . Il faut rappeler que le livre a été écrit en 2005 , on peut espérer qu’il ne soit pas prémonitoire d’une évolution identique de la société .   

 


J’ai lu

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“Les femmes sont souvent plus fortes que les hommes dans mes romans , même lorsqu’elles sont victimes des pires machinations .” Michel Bussi

_ “ Qu’est ce qui ne va pas Leyli ? Vous êtes jolie . Vous avez trois jolis enfants . Bamby, Alpha, Tidiane. Vous vous en êtes bien sortie .

_ Ce sont les apparences , tout ça . Du vent . Il nous manque l’essentiel. Je suis une mauvaise mère. Mes trois enfants sont condamnés Mon seul espoir est que l’un deux , l’un deux peut être échappe au sortilège.

Elle ferma les yeux . Il demanda encore :

_ Qui l’a lancé , ce sortilège ?

_ Vous, moi. La terre entière . Personne n’est innocent dans cette affaire “

Comme le dit la quatrième de couverture du désert sahélien  à la jungle urbaine marseillaise en quatre jours et trois nuits un suspense renversant et bouleversant .

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Un récit bouleversant de la condition des migrants, des pièges qui se referment sur eux avec les trahisons dont ils sont victimes ,  de leurs espoirs et de l’indifférence dans laquelle ils périssent .  Une géo – politique dont Michel Bussi maitrise toutes les ficelles  et qui donne à cet ouvrage un écho  tout particulier .

"L’occident croit que s’il ne se barricade pas, toute l’Afrique va débarquer chez lui. Quelle peur idiote ! L’immense majorité des populations veulent rester là où elle habitent, là où elles sont nées, avec leur famille et leurs amis, du moment qu’elles ont à peu près de quoi survivre. Elles s’en contentent. Il n’y a que quelques fous pour tenter l’aventure. Entre cent mille et deux cent mille migrants qui tentent de passer la Méditerranéenne chaque années, moins d’un Africain sur dix mille, et on parle d’invasion ?"

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Abel, enfant issu de la nature et du monde animal, est né en pleine guerre. Il est adopté par deux frères d’un autre pays qui lui enseignent la culture des mots. Dans sa quête d’identité, il se heurte à la brutalité des hommes sous toutes ses formes.
Son obscure naissance au cœur d’une forêt en pleine guerre civile a fait de lui un enfant sauvage qui ne connaît rien des conduites humaines. S’il découvre peu à peu leur complexité, à commencer par celle du langage, il garde toujours en lui un lien intime et pénétrant avec la nature et l’espèce animale, dont une corneille qui l’accompagne depuis l’origine. A la table des hommes tient autant du fabuleux que du réalisme le plus contemporain.
Comme Magnus, c’est un roman hanté par la violence prédatrice des hommes, et illuminé par la présence bienveillante d’un être qui échappe à toute assignation et de ce fait à toute soumission .

Un roman qui peut dérouter mais fascinant et qui frôle le fantastique.

_ “  Ils sont en placide accord avec la terre, ils font corps avec elle. La terre, la vie, leur chair, le sang qui circule en eux, la faim autant que la satiété, la course autant que les haltes de délassement, c’est tout un. Ils ne s’inquiètent pas du temps qui passe, ils ignorent ce qu’hier et demain signifient et portent de nostalgie, de soucis ou d’espoirs, ils habitent chaque instant en plénitude, les agréables comme les mauvais, et selon, ils réagissent, s’adaptent. Seul leur importe de rester saufs ; ils ne sont que brut et vigoureux désir de vivre qui oscille entre âpreté, effroi et volupté.

La vie parfois dispense des moments de si grande douceur. Ces moments-là, ils les goûtent avec ampleur et acuité, des frissons de bien-être leur parcourent l’échine, furtifs et légers comme ceux qui fluent dans les herbes et les feuillages sous les bouffées du vent.”

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Le 23 juillet 1961 est une nuit de représailles , une nuit où les chiens sont lâchés. On lui donnera plus tard le nom de “Nuit des paras”.  Pendant quelques heures , Metz sera à feu et à sang , barbare . Parceque depuis des mois le FLN s’y organise. Parceque les paras s’ennuient et ont besoin d’action. Parceque la guerre d’Algérie résonne ici et que français et arabes s’observent avec méfiance dans un climat de tension raciale constante . Et cette nuit là se joue le destin des anonymes sur lesquels Pierre Hanot a décidé de se pencher .Il y a des espoirs et des déveines , des potes de chambrée, des conversations à l’usine , des soirées au dancing …Des petits riens qui font ces vies de 1961, bouleversées cette nuit là par les coups de l’Histoire .

J’étais jeune à cette époque mais ces faits je les ai connus , cette tension raciale était bien perceptible  et dans la famille nous étions d’autant plus concernés que nous avons habité  dans cette rue Chambière  qui cette nuit là a vu l’explosion de la violence  . Un livre à lire  pour ne pas oublier ce pan de notre histoire , traité avec impartialité par Pierre Hanot , dans un style sec et rythmé où la haine comme une mécanique infernale s’enclenche de manière implacable  .

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“ Il y avait pour moi quelque chose d’incompréhensible et de fasciant chez cette fille, seule au milieu de la cou de récréation : elle me ressemblait mais elle ne souriait guère; elle avait les mêmes taches de rousseur mais les yeux plus ténébreux; elle ne misait pas des livres de prêtres engagés sur l’Evangile ( les lectures préférées de ma famille) mais des brûlots anarchistes appelant au soulèvement général ; elle ne voulait pas avoir l’air moderne en enfilant des pantalons mais portait une jupe, dégagée de tout mimétisme masculin . À part cela je ne savais rien d’elle, sauf pour avoir entendu, de loin, prononcer son prénom : Hélène “

Une adolescence provinciale dans la chaleur de 1976 : Benoit Duteurtre , en jeune gauchiste à cheveux longs , y découvre avec enthousiasme la musique, l’amour et la poésie .

Une époque que Benoit Duteurtre retranscrit à merveille avec cet amour platonique pour Hélène, la  naissance de sa sensibilité artistique exacerbée par leur rencontre  . Il  sait peindre  à merveille les paysages vosgiens dans ses descriptions et cette façon d’être en communion avec  la nature.  Ses références musicales , littéraires, picturales  nous rappellent bien des souvenirs .  J’aurais aimé avoir la même passion que lui pour la musique contemporaine dodécaphonique  à laquelle je n’ai jamais  adhéré, par contre quel plaisir de retrouver Debussy , Eric Satie dans ses écoutes ou dans ses partitions  .