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Nature

Requiem pour un ru

Défi écriture no 52 Chez Ghislaine

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Les mots : Sonate, requiem, concerto, allegro, fugue, suite, ouverture, jouer. ou thème plaisirs d’été ou libre .

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Depuis des années, sans se poser de questions, le  ru jouait sa fugue en descendant la montagne, guilleret et insouciant. Bondissant allegro de pierre en pierre, il interprétait librement cette sonate du temps présent , donnant à chacun de ses mouvements cet éclat si particulier qu’enviaient les grands sapins  vibrant à l’unisson sous  le concerto du vent. À la suite d’un printemps joyeux, où il jaillissait  plus fringuant que jamais, arrivait l’ été, sa chaleur intense débouchant immanquablement sur l’orage qui lui redonnait toute sa vigueur . Oui,  mais pas cette année.  Implorant nuit et jour le ciel  de laisser une petite ouverture pour le passage des nuages , il s’affaiblit inexorablement . Sa plainte comme un ultime et déchirant requiem  n’ébranla pas la détermination céleste . Quand ce dernier matin de juillet les chevaux abreuvés de soleil  s’en vinrent à sa rencontre , il avait  cessé de vivre , seules les pierres moussues gardaient en mémoire le souvenir de son murmure .

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Un petit clin d’œil à l’été de Vivaldi avec le classic Metz’ival en l’église St Martin de Metz

 


Jeudi poésie

Ayant vu beaucoup de papillons cette année dans les Vosges j’ai eu envie de les mettre à l’honneur avec ce poème de Gérard de Nerval .

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Les papillons

De toutes les belles choses
Qui nous manquent en hiver,
Qu’aimez-vous mieux ? – Moi, les roses ;
– Moi, l’aspect d’un beau pré vert ;
– Moi, la moisson blondissante,
Chevelure des sillons ;
– Moi, le rossignol qui chante ;
– Et moi, les beaux papillons !

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Le papillon, fleur sans tige,
Qui voltige,
Que l’on cueille en un réseau ;
Dans la nature infinie,
Harmonie
Entre la plante et l’oiseau !…

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Quand revient l’été superbe,
Je m’en vais au bois tout seul :
Je m’étends dans la grande herbe,
Perdu dans ce vert linceul.
Sur ma tête renversée,
Là, chacun d’eux à son tour,
Passe comme une pensée
De poésie ou d’amour !

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Voici le papillon « faune »,
Noir et jaune ;
Voici le « mars » azuré,
Agitant des étincelles
Sur ses ailes
D’un velours riche et moiré.

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Voici le « vulcain » rapide,
Qui vole comme un oiseau :
Son aile noire et splendide
Porte un grand ruban ponceau.
Dieux ! le « soufré », dans l’espace,
Comme un éclair a relui…
Mais le joyeux « nacré » passe,
Et je ne vois plus que lui !

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Comme un éventail de soie,
Il déploie
Son manteau semé d’argent ;
Et sa robe bigarrée
Est dorée
D’un or verdâtre et changeant.

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Voici le « machaon-zèbre »,
De fauve et de noir rayé ;
Le « deuil », en habit funèbre,
Et le « miroir » bleu strié ;
Voici l’ »argus », feuille-morte,
Le « morio », le « grand-bleu »,
Et le « paon-de-jour » qui porte
Sur chaque aile un oeil de feu !

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Mais le soir brunit nos plaines ;
Les « phalènes »
Prennent leur essor bruyant,
Et les « sphinx » aux couleurs sombres,
Dans les ombres
Voltigent en tournoyant.

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C’est le « grand-paon » à l’oeil rose
Dessiné sur un fond gris,
Qui ne vole qu’à nuit close,
Comme les chauves-souris ;
Le « bombice » du troëne,
Rayé de jaune et de vent,
Et le « papillon du chêne »
Qui ne meurt pas en hiver !…

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Voici le « sphinx » à la tête
De squelette,
Peinte en blanc sur un fond noir,
Que le villageois redoute,
Sur sa route,
De voir voltiger le soir.

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Je hais aussi les « phalènes »,
Sombres hôtes de la nuit,
Qui voltigent dans nos plaines
De sept heures à minuit ;
Mais vous, papillons que j’aime,
Légers papillons de jour,
Tout en vous est un emblème
De poésie et d’amour !

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Malheur, papillons que j’aime,
Doux emblème,
A vous pour votre beauté !…
Un doigt, de votre corsage,
Au passage,
Froisse, hélas ! le velouté !…

Une toute jeune fille
Au cœur tendre, au doux souris,
Perçant vos cœurs d’une aiguille,
Vous contemple, l’œil surpris :
Et vos pattes sont coupées
Par l’ongle blanc qui les mord,
Et vos antennes crispées
Dans les douleurs de la mort !…