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Art

Le tableau du samedi

Le tableau du samedi

Pour le  tableau du samedi initié par Lady Marianne et poursuivi par Lilou et Fardoise un clic sur le logo.

Pour ce samedi Fardoise nous propose de nous intéresser aux soins d’hygiène quotidiens ou non à travers les âges .

Je vous propose  tout d’abord la femme à la toilette de Mary Cassatt

Femme à la  toilette 1891

Pointe sèche et aquatinte

File:Brooklyn Museum - La Toilette - Mary Cassatt.jpg

Réalisé à la pointe sèche et à l’aquatinte, ce tableau nous montre une jeune femme penchée sur une cuvette pour ses ablutions . Seule une partie de sa chevelure se reflète dans le miroir, ce n’est pas ce qui importe à l’artiste mais plutôt la fluidité de la ligne pour rendre toute la délicatesse de cet instant.

Nous avons l’impression d’être dans cette pièce , de pouvoir lui tendre ce broc fleuri . J’aime cette façon de souligner le corps féminin en n’en révélant qu’une partie , avec ce trait rappelant celui de l’estampe . Un choix de couleurs  en harmonie pour ce moment intime , de la douceur avec ce bleu de l’environnement et les motifs floraux et des tons pastels pour la robe . Une vraie virtuose de la couleur appliquée dans la gravure . Pissaro admire ce travail et  confie dans une lettre  à son fils   « Tu te rappelles les essais que tu as faits à Éragny, eh bien ! Mlle Cassatt l’a réalisé admirablement : le ton mat, fin, délicat, sans salissures ni bavures, du bleu adorable, des roses frais,…”

Dans ce deuxième tableau réalisé à l’huile, nous retrouvons le thème cher à l’artiste , la mère et l’enfant . Eau , céramique , peau et tissu  nous offrent un jeu subtil des matières.   Le point de vue élevé, perspective en plongée,  nous permet d’observer mais pas de participer à cette scène de tendre attention de la mère s’occupant de son enfant. Un moment qui leur appartient totalement .

La toilette de l’enfant huile 1894

 

File:Mary Cassatt - The Child's Bath - 1893.jpeg

MARY CASSATT est né à Pittsburg ( Pennsylvanie )  le 22 mai 1844 et morte le 14 juin 1926 au Mesnil Théribus (France) .

En 1860 elle entre à l’académie des Beaux arts de Pennsylvanie. En 1865 va à Paris avec sa mère , elle étudie la peinture avec Paul Constant Soyer puis est l’élève de Jean Léon  Gérome . La guerre de 1870 la fait rentrer en Pennsylvanie mais  en 1871 elle retourne en Europe visitant Londres, Paris, Turin, Madrid  , s’initiant à la gravure auprès de Carlo Raimondi . En 1875 elle fait la connaissance de Degas qui lui fait rejoindre le milieu impressionniste .Elle se lie d’amitié avec Berthe Morisot . En 1880 ses parents et sa sœur s’installent à Paris , après la mort de cette dernière gravement malade du foie, elle se lance dans une série de portraits d’enfants souvent avec leur mère et en fera son sujet privilégié. Elle participe à la 4ème , 5ème, 6ème, 8ème exposition des peintres impressionnistes.

En 1890, la visite d’une exposition sur la gravure japonaise est l’occasion pour elle de donner une nouvelle orientation à ses tableaux  . Mary tombe en admiration devant les œuvres d’Utamaro et de Toyokuni. Si l’esthétique de l’estampe japonaise l’influence fortement, elle reste fidèle à sa technique de taille-douce et pratique la pointe sèche, l’eau-forte et l’aquatinte*.

* L’aquatinte ou aquateinte est un procédé de gravure à l’eau-forte. Ce procédé consiste à recouvrir une plaque de métal d’une couche de poudre protectrice plus ou moins dense, puis à la plonger dans un bassin d’acide. Elle permet, grâce à l’utilisation de fines particules de résine (colophane ou bitume) saupoudrées puis chauffées, d’obtenir une surface composée de points plutôt que de traits par lesquels on obtient différentes tonalités de couleur.

Son talent pour cette dernière technique, extrêmement difficile, lui vaut une grande admiration de ses confrères. Lors de sa première exposition particulière chez Durand-Ruel en 1891, elle expose dix de ses eaux-fortes. Celle-ci sera suivie de quatre autres chez Durand-Ruel, et chez Ambroise Vollard. Ses œuvres s’exposent aussi aux États-Unis : New York (1895-1903) et au Royaume Uni : Manchester (1907).

Elle continue sa série de portraits de femmes et d’enfants. Selon Segard, c’est durant la période de 1890-1910 qu’elle atteint le sommet de son art, synthèse  entre l’ascétisme de la gravure japonaise et l’abondance de coloris de sa période impressionniste, évoluant au gré de son humeur entre ces différentes tendances.

Elle achète, en 1894 le château de Beaufresne au Mesnil-Théribus qui devient sa résidence d’été. De 1912 à 1924, elle partagera son temps entre Beaufresne et la villa Angellito à Grasse.

Elle cesse de peindre en 1914 et devient aveugle en 1921. 


Quand François Morel parle de théâtre …

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Je voulais partager avec vous ce billet de François Morel  entendu sur France Inter le 18 décembre . Un très beau plaidoyer pour le théâtre .

 

 

Chacun a ses manies, chacun a son histoire.

La mienne comme d’autres est assez dérisoire :

J’aime aller me vêtir vers les huit heures du soir

En prince ou en mendiant devant un auditoire.

J’aime prendre l’habit de Tartuffe ou d’Alceste

De Ruy Blas ou d’Ubu. Je suis un palimpseste

Sur lequel sont inscrits des rôles qui s’effacent,

Dont il reste des bouts avec le temps qui passe.

J’aime aller me changer pour être un personnage

Devenir quelqu’un d’autre et vivre davantage.

J’aime aller m’affubler du nez de Cyrano,

Passer une rhingrave, une cape, un manteau.

Enfiler un costume et changer d’apparence,

Ça a moins d’intérêt en visioconférence.

Parce qu’en ce moment triste est mon quotidien

Si je ne peux pas jouer, je ne sers plus à rien

Alors que mon beau-frère et ça c’est pas logique

Il peut servir la messe en habits liturgiques.

Dans sa petite paroisse, il absout les péchés

En chasuble, en soutane, j’aurais dû faire curé !

Chacun a ses usages, chacun a ses rituels,

J’ai des défauts, c’est sûr, mais je suis très ponctuel :

A l’heure où l’employé a fini son service,

Jouissant de son foyer, moi je suis en coulisses.

Je récite mon texte une dernière fois,

Je mets du fond de teint et j’exerce ma voix,

Je salue des amis régisseurs, comédiens,

Valets de comédies, barbons ou musiciens,

Comiques, tragédiens, vedettes, figurants,

Tous en déséquilibre au bord du firmament .

Et j’attends le moment  avec espoir et crainte

Où la salle d’un coup sera enfin éteinte.

Et moi qui, dans la vie, suis un type banal,

Je soulève un public de façon colossale !

Mais depuis trop longtemps me voilà empêché

D’exercer mon art ou juste mon métier

Surtout qu’après souvent le spectacle fini

On boit quelques godets, enfin on se finit

Alors que mon cousin, le salaud, l’animal

Grâce à un rituel d’ordre pontifical

Au sein de sa paroisse et ça me désespère

Écluse les burettes, j’aurais du faire vicaire !

On ouvre les mosquées, les temples, les églises,

Les synagogues aussi, il faut que je te dise

Les théâtres, vois-tu, comme des sanctuaires

Réunissent parfois  des volontés contraires.

Certains croient dans le ciel et d’autres n’y croient pas

On ne demande rien et chacun fait son choix.

Note bien que tous ceux qui en Dieu ne croient pas

Recherchent des réponses, rêvent d’un au-delà.

A l’orchestre, au balcon, assis dans leurs fauteuils,

Sans se mettre à genoux, ils prient et se recueillent.

Car vois-tu, un théâtre est un geste barrière

Contre les fanatiques et tous les  mortifères.

Le théâtre combat les superstitions.

Un théâtre fermé est une aberration.

Je ne peux pas jouer et j’en suis malheureux,

J’ai besoin de la scène éclairée de ses feux.

J’ai besoin du public et de l’entendre rire,

Et le sentir ému et pleurer et frémir

Alors que mon papa, qu’est pas un méchant mec,

Rassemble ses fidèles, j’aurais dû faire évêque !