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Abécédaire trois sujets

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Quand elle reçut l’appel de la gendarmerie de Florange, Emilie comprit instantanément qu’elle pouvait dire adieu à son séjour au Danemark avec Didier. Son frère François venait d’avoir un terrible accident, sa voiture s’était embrasée après avoir percuté un arbre . Les brulures qu’il présentait  nécessitaient de toute urgence plusieurs greffes . Pour avoir les meilleures chances de régénération de la peau, les médecins estimaient  que seul un membre de la famille pouvait se porter donneur. Une histoire de compatibilité génétique à laquelle elle ne comprenait pas grand chose mais ce dont elle était bien consciente , ce  geste s’avérait vital  pour François. Elle devait donc prendre impérativement l’avion pour la France dans les plus brefs délais. Elle informa immédiatement Didier de la terrible nouvelle  et de ses conséquences. En pleurs au téléphone, elle semblait inconsolable. Il eut beaucoup de mal à calmer son angoisse mais essaya tant bien que mal de lui apporter tout son soutien.

Bien sur il n’était pas plus question de reprendre le tournage dans une semaine aux States , les scènes à tourner étaient plus que mouvementées et incompatibles avec le don qui lui était demandé.  Elle appela donc ensuite le metteur en scène pour lui expliquer la situation. Heureusement, c’était un homme très humain,  il  la tranquillisa en lui expliquant qu’il s’arrangerait et commencerait par d’autres séquences . Il tenait à tout prix à ce que ce soit elle qui ait le rôle et ne songeait aucunement à la remplacer. Quand elle prit place dans l’avion le soir même,  elle ne put encore une fois retenir ses larmes, mais ce n’était pas le moment de craquer, son frère comptait sur elle, il lui fallait ne rien laisser paraitre de sa peur et de sa peine .

 

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jeudi poésie

Oyez oyez bravs gens de plume...

Pour le jeudi poésie des croqueurs de mots Jeanne Fadosi ( clic) à la barre nous propose comme fil conducteur la vue et la cécité, la lumière et l’obscurité. J’ai choisi un poème de Louise Ackerman .

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De la lumière

 

Mehr Licht ! mehr Licht !
(Dernières paroles de Gœthe.)

Quand le vieux Gœthe un jour cria : « De la lumière ! »
Contre l’obscurité luttant avec effort,
Ah ! Lui du moins déjà sentait sur sa paupière
Peser le voile de la mort.

Nous, pour le proférer ce même cri terrible,
Nous avons devancé les affres du trépas ;
Notre œil perçoit encore, oui ! Mais, supplice horrible !
C’est notre esprit qui ne voit pas.

Il tâtonne au hasard depuis des jours sans nombre,
A chaque pas qu’il fait forcé de s’arrêter ;
Et, bien loin de percer cet épais réseau d’ombre,
Il peut à peine l’écarter.

Parfois son désespoir confine à la démence.
Il s’agite, il s’égare au sein de l’Inconnu,
Tout prêt à se jeter, dans son angoisse immense,
Sur le premier flambeau venu.

La Foi lui tend le sien en lui disant : « J’éclaire !
Tu trouveras en moi la fin de tes tourments. »
Mais lui, la repoussant du geste avec colère,
A déjà répondu : « Tu mens ! »

« Ton prétendu flambeau n’a jamais sur la terre
Apporté qu’un surcroît d’ombre et de cécité ;
Mais réponds-nous d’abord : est-ce avec ton mystère
Que tu feras de la clarté ? »

La Science à son tour s’avance et nous appelle.
Ce ne sont entre nous que veilles et labeurs.
Eh bien ! Tous nos efforts à sa torche immortelle
N’ont arraché que les lueurs.

Sans doute elle a rendu nos ombres moins funèbres ;
Un peu de jour s’est fait où ses rayons portaient ;
Mais son pouvoir ne va qu’à chasser des ténèbres
Les fantômes qui les hantaient.

Et l’homme est là, devant une obscurité vide,
Sans guide désormais, et tout au désespoir
De n’avoir pu forcer, en sa poursuite avide,
L’Invisible à se laisser voir.

Rien ne le guérira du mal qui le possède ;
Dans son âme et son sang il est enraciné,
Et le rêve divin de la lumière obsède
A jamais cet aveugle-né.

Qu’on ne lui parle pas de quitter sa torture.
S’il en souffre, il en vit ; c’est là son élément ;
Et vous n’obtiendrez pas de cette créature
Qu’elle renonce à son tourment.

De la lumière donc ! Bien que ce mot n’exprime
Qu’un désir sans espoir qui va s’exaspérant.
A force d’être en vain poussé, ce cri sublime
Devient de plus en plus navrant.

Et, quand il s’éteindra, le vieux Soleil lui-même
Frissonnera d’horreur dans son obscurité,
En l’entendant sortir, comme un adieu suprême,
Des lèvres de l’Humanité.

Louise Ackermann, Poésies Philosophiques

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